Cercle Psychanalytique de Paris

 

La véritable histoire du zen racontée à Gaïd

(Pour se débarrasser de l’emprise néfaste des livres, des concepts et des pensées)

I

Chère Gaïd,

Votre prénom breton possède pour moi une harmonie sonore, un phonétisme symbolique qui m’évoque quasi obsessionnellement la statue de cette jeune femme gauloise en zazen (Vème s. av. JC) qui atteste que les Celtes pratiquaient cette posture d’absorption dans la jouissance qu’on appelle en Orient la posture de Bouddha ou la posture de Siva, qui est le nirvana en acte, et dont l’origine se perd à travers l’épaisseur des âges et des contrées. Je voudrais vous raconter tout ce que signifie véritablement cette posture. Pourquoi ? Parce qu’on dit que le zen rend heureux, plein d’énergie et radieux. Il est la « vigor », la force vitale, c’est-à-dire la libido ou la psyché. Compte tenu de vos activités, ce serait pour vous un refuge secret pour régénérer vos « plus-values et votre plus de jouir ». Pour cela, je me servirais librement de « l’Empire des signes » du plus grand sémiologue du siècle, Roland Barthes. (La sémiologie est l’étude des signes de communication nécessairement avec les autres, ce qui fait toujours croître la liberté de parole). C’est qu’en quelque sorte, ce livre, comme d’autres livres importants, dit autre chose que ce qu’il propose littéralement. Pour peu qu’on le laisse parler, il a le pouvoir de dévoiler dans notre imaginaire et dans notre capacité d’articuler les paroles, des dimensions inattendues, vertigineuses, qui bouleversent, nous ahurissent et, ce faisant justifient plus précisément encore leur propos originel : l’emprise des signes. Sachant, que Barthes conclut à la fin de son livre que « tous les signes sont vides ». « L’Empire des signes », signifie donc que la jouissance sexuelle comme le vide est au commencement comme le l’atteste le zen qui assimile la jouissance à « un vide sans fond sans rien de sacré », (Bodhidharma). Ce qui désigne, dit autrement, le parfait épanouissement de la jouissance sexuelle. Le mot « empire » désigne l’autorité et la puissance, « les signes » illustrent les différentes formes de jouissances. Aucun texte, aucune image ne saurait réduire le réel de la jouissance sexuelle. D’où la formule sidérante de Lacan : « il n’y a pas de rapport sexuel ». « Rapport » non pas évidemment au sens de relation physique entre deux personnes mais au sens « d’exacte et exhaustive réduction conceptuelle ».  C’est que la jouissance sexuelle est une sorte de vacillement analogue à cette perte de sens que le Zen (littéralement « absorption ») appelle le satori et les différentes langues du monde « orgasme ». Ce faisant chaque figure de jouissance sexuelle forme nécessairement un système au sens du linguiste Ferdinand de Saussure, c’est-à-dire « une totalité organisée faite d’éléments solidaires ne pouvant être définis que les uns par rapport aux autres en fonction de leur place dans cette totalité ». Toute forme de jouissance sexuelle illustre donc un système symbolique vertigineux tel un pays magique où l’orgasme s’appelle le satori. Le satori (l’événement du zen) est un séisme plus ou moins fort qui fait vaciller toute connaissance. Le sujet y opère un vide de toute connaissance où les paroles sont curieusement d’autant plus puissantes et efficientes qu’elles sont totalement silencieuses « Kototama » dit-on dans l’art de l’Aïkido). Et c’est aussi de ce vide de connaissance que partent les traits dont le zen, dans son exemption de tout sens, pénètrent les jardins, les gestes, les maisons, les bouquets, les visages et la mort. D’où la dédicace de « l’Empire des signes » à Maurice Pinguet cet énarque qui s’est longuement intéressé à la question, mystérieuse pour nous, de la mort volontaire au Japon.

Femme en zazen

Femme en zazen, statue gauloise découverte à Etaules, Quarré les tombes (Yonne) par l’archéologue Emile Esperandieu, datée du Vème siècle avant JC.

II

 

D’une langue inconnue

La langue du Bouddha fut originellement le pâli et son enseignement le Jhâna (prononciation Djâna) se fit dans cette langue pendant environ les 500 premières années.  Djâna désigne l’absorption directe, sans nul besoin d’aucune connaissance dans la jouissance infinie, absolue et éternelle. Il suffisait pour cela de prendre la posture de Bouddha, les jambes croisées. Mais aux alentours du Vème siècle la langue sanscrite et la pensée brahmanique opérèrent un révisionnisme odieux en traduisant Djâna par Dhyâna qui ne signifie pas absorption mais méditation. Ce qui était la jouissance sans connaissance fut défiguré, trahi, modernisé au nom d’une culture mortifère et des progrès civilisationnels, en un ersatz de systèmes de connaissances complexes philosophicoïdes et spiritualistes. Le signifiant Djana fut réduit puis déchu   au terme obsolète d’une langue inconnue.  Pour échapper à cette catastrophe linguistique, à cet effondrement du sens, cette infâme réécriture de l’hiistoire, le moine Bodhidharma quitta résolument les Indes et partit en Chine enseigner le Djâna et sauver le Bouddhisme authentique. Djâna se prononce Tchanna en chinois, puis, par apocope, simplement Tchan. Sous l’influence de Bodhidharma les chinois se servirent, pour rendre compte du concept « d’absorption immédiate dans la jouissance », d’un viel idéogramme taoïste représentant une table avec de la nourriture :  manger c’est absorber.

Ce faisant le Bouddhisme des connaissances et du savoir intellectuel se propageait dans les empires chinois où il s’opposait au Taoïsme.  Ainsi, l’empereur Wu des Lang favorisait ce Bouddhisme fallacieux. Il avait organisé une collecte systématique des textes bouddhistes sanscrits qu’il faisait traduire en chinois. On raconte qu’il comptait mille traducteurs à son service.  Il exemptait d’impôt ceux de ses sujets qui devenaient moines bouddhistes.  Il faisait construire des pagodes et des monastères partout où il pouvait. Il pensait grâce à ses bonnes œuvres et ses connaissances cumuler assez de mérites pour accéder au nirvana promis par les textes.  Apprenant qu’un moine indien venait en Chine l’empereur s’arrangea pour le rencontrer. « Le Manuel de la falaise verte » un des textes chinois concernant le zen historiquement parmi les plus anciens (10 ème s.) relate cette rencontre : L’empereur expliqua à Bodhidharma ce qu’il faisait et ce qu’il apprenait et lui demanda : « quels sont mes mérites ? » Sans l’ombre d’une hésitation Bodhidharma répondit : Aucun mérite !  Tout ce que vous avez fait et appris ne concerne que l’organisation sociale et vos relations avec les autres. Mais tout cela n’a fondamentalement rien à voir avec l’absorption immédiate dans la jouissance absolue qui se dresse telle le mur porteur de toutes choses » « Mais qu’est-ce alors que le monde ? » s’écria l’empereur — « Un vide sans fond sans rien de sacré », répondit Bodhidharma.  Sidéré par cette prévarication de tout sens, l’empereur demanda : « Mais enfin qui êtes-vous ? »  — « Je ne sais pas ! » lui répondit Bodhidharma. Et il partit dans le montage s’installer dans une grotte où il pratiqua le zazen pendant neuf ans. Mais ce chiffre est symbolique, il veut seulement dire longtemps et personne ne peut diret à quel âge mourut Bodhidharma. On raconte toutefois que lorsqu’on ouvrit son tombeau on ne trouva qu’une seule sandale. Même dans la mort il partit avec la jouissance.  Les paysans des alentours l’avaient appelé « l’ascète qui contemple le mur ». Un jour alors que les paysans de la contrée de Shaolin étaient continuellement rançonnés par des bandits qui leur volaient leurs récoltes, ils vinrent voir en délégation Bodhidharma pour lui demander de l’aide.   Ceux qui pensent que « l’absorption immédiate dans la jouissance » exige forcément la passivité, demande le quiétisme, le fainéantisme » la résignation, l’inaction et non pas l’énergie vitale fondamentale, la puissance, la force et la créativité risquent d’être surpris en apprenant que Bodhidharma leur enseigna le kungfu, essence des arts martiaux. Et les paysans de Shaolin chassèrent les bandits qui les ruinaient et devinrent experts en arts martiaux. Ils le sont encore aujourd’hui et Shaolin est célèbre dans le monde entier pour son excellence en arts martiaux. Voilà ce qu’est le zazen de Bodhidharma, Djâna, Tchanna, Tchan, le bouddhisme originel, l’absorption immédiate dans la jouissance infinie, absolue, éternelle comme si on s’absorbait dans un bain de puissance, d’énergie, de force, sans nul besoin de rien d’autre, ou « dans la richesse et l’abondance » selon la formule de Cernunnos, « le dieu » gaulois qui fait zazen.

 

Cernunnos

Cernunnos, musée de Reims

Grotte de Bodhidharma

La grotte de Bodhidharma à Shaolin

 

III

 

La prophétie de Nietzsche :

« Un bouddhisme mou envahira l’Europe »

(à suivre)

 

Cette prophétie s’est magistralement réalisée.

« Prêtre catholique et maître zen », est amalgame impossible parce que l’un et l’autre n’ont pas le même sens des valeurs. « Le zen me ramène chaque jour au corps ». C’est ignorer que le zen dit : « lâcher le corps, comme on lâche l’esprit » pour trouver le silence et la paix. « Je pratique zazen, je prie encore et toujours. Prier, c’est demander. C’est donc ignorer que le zen renseigne que tout est vide depuis le commencement et qu’il n’y a donc rien à demander. Le comble, c’est quand ce monstre de bêtise et d’ignorance remplace les quatre nobles vérités du bouddhisme par les quatre vérités de l’ecclésiaste de la bible hébraïque. C’est le champion du révisionnisme et du nihilisme.


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