Cercle Psychanalytique de Paris

 

La véritable histoire du zen racontée à Gaïd (suite)

Chapitre III

La prophétie de Nietzsche :

« Un bouddhisme mou envahira l’Europe »

 Cette prophétie s’est magistralement réalisée et triomphe de nos jours dans le monde entier. Dès que le pâli Djâna (absorption immédiate) fut traduit par le sanscrit Dhyâna (méditation réflexive), on était en droit de s’attendre au pire. Bodhidharma le compris instantanément et choisit de s’exiler. Même phonétiquement les deux mots ne se prononcent pas de la même manière. Djâna est bref comme l’immédiat et Dhyâna est long comme toute réflexion. Quant à leur signification, elle participe de deux pratiques opposées et inconciliables. L’un ou l’autre terme devait disparaître. C’est Djâna qui en fit les frais entraînant avec lui toute la langue pâli, un peu comme la langue gauloise disparut en faveur du latin (voirla guerre des Gaules de Jules César). C’est comme si on décrétait le refoulement officiel de l’inconscient au seul profit de la conscience consciente d’elle-même. Le problème est structurel. Conscient ou inconscient ? Compte tenu que la conscience de rien est aussi un rien, ou une négation, de toute conscience. Le mot Zen est la prononciation japonaise de l’idéogramme Tchan, apocope de Tchanna qui est la prononciation phonétique chinoise du pâli Djâna (Djâna-Tchanna) : absorption immédiate. Rien à voir avec le Dhyâna, mot sanscrit qui signifie méditation terme qui implique toutes formes de réflexion et de graduation. Cette transformation du subitisme en gradualisme, de la « non pensée » en pensée du non-être en ontologie, de l’immédiateté, en travail progressif et graduel va produire ce « bouddhisme mou » et dégénéré, prédit par Nietzsche (dont le concept de « volonté de puissance » est précisément l’inconscient freudien et lacanien). Ce bouddhisme apathique et châtré s’étend aujourd’hui sur toute la planète. Tous les dictionnaires du monde répètent erronément que zen n’est autre que le sanscrit Dhyâna, méditation. Toute la pensée du monde est influencée par cette perversion linguistique qui corrompt de nos jours les plus brillants et les plus courageux esprits. Même le célèbre sinologue Paul Demiéville dans sa traduction du zen de Lin tsi « Les entretiens de Lin tsi » n’échappe pas à ce collapsus culturel. Ilécrit « Tchan, c’est en sanscrit Dhyâna » dans son avant-propos. Ce qui fausse fondamentalement l’ensemble de l’enseignement de Lin tsi. Comment Lin tsi pourrait-il être contre le zen s’il ne connaissait pas ce qu’est le zen en tant que Djâna, soit l’absorption immédiate et sans condition dans la jouissance absolue ? Comment pourrait-il dire que tous les textes sur le bouddhisme doivent être considérés comme « du papier à chiotte » s’il pensait que zen veut dire méditation  réfléchie ? Demiéville fut le professeur de chinois de Lacan qui est bien le seul à ne pas répéter cette erreur. C’est que Lacan connaît l’inconscient qui est le performatif sans condition pour le meilleur et pour le pire et transmute aussi immédiatement et sans condition le pire en meilleur. D’ailleurs Lacan ouvre son séminaire en assimilant le Zen (le subitisme) et la psychanalyse des séances courtes (la performativité sans condition de l’inconscient).

Ce qui est une bonne chose de nos jours, c’est l’aide apportée aux handicapés qui font preuve de capacités surprenantes. Certains sont d’authentiques héros dont l’énergie et le courage impressionnent le monde entier.  Ils sont en quelque sorte des professeurs de courage d’énergie et de créativité. Un des plus remarquable et remarqué est Alexandre Jollien infirme moteur cérébral, d’une énergie et d’un courage impressionnant. Philosophe, ses livres l’ont rendu célèbre dans le monde entier. Même ce type qui dépasse tous les hommes ordinaires a été contaminé par la peste culturelle de cette fakenews qui nous fait croire que Zen signifie méditation, Dhyâna. Malgré son handicap, il part en Corée pour voir ce que le zen peut faire pour lui. C’est que la Corée fut, il y a plus d’un bon millénaire, maintenant un centre exceptionnel du zen authentique, dont spécialement le zen rinzai et le zen soto qui se diffusèrent au Japon à partir du 10èmesiècle. Le zen soto ne prône que le zazen (le zen, c’est le zazen) le zen de rinzai (ou de Lin tsi en chinois) enseigne le subitisme et se moque du gradualisme des textes et des bons sentiments. « Vous voulez connaitre le zen, dit Lin tsi ? Commencez par tuer le Bouddha, par tuer les patriarches, tuez vos amis, tuez vos parents et tout ce qui est sacré (comme disait Bodhidharma « rien de sacré »), ne considérez tous les textes bouddhistes que comme du papier à chiotte ». Voilà le zen en tant que Djâna, absorption immédiate, sans aucunes conditions intellectuelles dans la jouissance absolue. Mais cela appartient à des temps très anciens, et totalement forclos aujourd’hui. De nos jours en Corée, comme partout dans le monde zen, privé de sa substantifique moelle, ne signifie plus que méditation. Dans les années 60, un évêque publia un livre intitulé « Le zen chrétien » expliquant que puisque zen signifie « méditation » et que la meilleure des méditations possibles est sans conteste celle du Christ, le zen est logiquement chrétien. Tout le monde fut d’accord. Personne ne rectifia, même les Coréens. Rien d’étonnant à ce que le courageux Jollien arrivant en Corée trouve un maître zen qui est en même temps prêtre catholique. Un lapin qui serait aussi un canard en quelque sorte. Cet amalgame n’est possible que si zen signifie méditation. Ce bouffon caricatural conseilla à notre héros de faire zazen et de prier et Jollien pratiqua zazen « en priant encore et toujours » comme si le zazen (subitisme) n’était pas le contraire de la prière qui demande alors que le zen est absorption abrupte : Manger, c’est justement ne pas faire semblant. « Pour faire zazen, dit Dogen, le maitre fondateur du zazen au Japon, il faut « lâcher le corps et lâcher l’esprit » ainsi que l’affirment depuis Bodhidharma et tous les maîtres zen de l’histoire. Alors que ce contrefait de prêtre chrétien soi-disant maître zen dit qu’il faut centraliser l’esprit sur le corps. Il confond le pré-ontologique avec l’ontologique. Le pauvre Jollien en arrive à croire même que le subitisme de Houei neng est un gradualisme chrétien. Du coup notre héros handicapé se mute en monstre handicapant pour le simple plaisir de hurler avec les loups. Et comme il fait pitié, personne n’ose protester, au nom même de la miséricorde qu’il implore sans vergogne.

Ainsi les savants comme les handicapés et pire, les savants handicapés, comme Jollien disent, pensent et enseignent que zen signifie méditation. La conscience est graduelle, l’inconscient est le subitisme. Mais ils  n’en veulent rien savoir et se maintiennent dans le mutisme culturel. Comment sortir de ce bouddhisme mou et ridicule, de ce révisionnisme judéo-chrétien, de cette conscience molle, pitoyable ne croyant béatement que dans ses bons sentiments ?

Il nous faut revenir sérieusement à l’enseignement des grands maîtres zen de l’histoire et voir par nous-même s’ils sont pour le subitisme (Djâna ou pour le gradualisme (Dhyâna), quitte à foudroyer les Jollien et autres handicapés de l’étymologie.

Nous commencerons ce travail par l’histoire fondamentale de Houei neng qui influença toute la Chine.

 

IV

Le subitisme de Houei neng

(à suivre)


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