Cercle Psychanalytique de Paris

 

HISTOIRES DU ZEN

(Ou de « l’éveil instantané)

« Mais qu’appelle-t-on histoire ? »

1) Bodhidharma

2) Houei neng

3)Bouddha et la posture de Siva

4) La statue d’Avalon (je souris et je m’envole)

5) La posture bouddhique chez les Celtes, les Vikings, les Gaulois et dans la préhistoire.

6) Lin tsi

(Commentaire sur les entretiens de Lin tsi)

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1) Bodhidharma

Il y avait autrefois aux Indes vers le sixième siècle de notre ère un moine bouddhiste du nom de Bodhidharma.  Il pratiquait quotidiennement le Jhâna (prononciation Djâna). Djâna est un terme pâli qui signifie « absorption » (le Bouddha parlait et enseignait en pâli) Ce terme, Djâna (absorption) désigne l’extase instantanée, immédiate, abrupte produite par l’assise les jambes croisées en posture de Bouddha. L’enseignement du Bouddha (l’éveil instantané) eut un tel succès que ses discours furent bientôt traduits en sanscrit, la langue littéraire par excellence, celle des Brahmanes.

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A partir de là, le Bouddhisme changea de sens. Il devint rapidement une sorte de religion spiritualiste, formaliste, promettant, si on pratiquait de bonnes actions, de passer, à notre mort, grâce à nos mérites, dans les bonheurs « du paradis de l’Ouest ». Ce Bouddhisme apathique, moraliste et promettant un salut posthume gagna la Chine, puis le monde entier. Aujourd’hui chacun peut voir ce Bouddhisme mou envahir l’Europe et l’Amérique, (ainsi que l’avait prédit, entre autres, Nietzsche en illustrant le nihilisme contemporain).  Le terme Djâna fut transformé en cette ordure de traduction sanscrite : « Dhyâna », qui signifie « méditation, contemplation ». C’est ce contresens, méditation, qui a débilité, abêti, crétinisé le Bouddhisme tel qu’il est répandu de nos jours. C’est cette dérive funeste, qui déjà au sixième siècle, poussa Bodhidharma à quitter les Indes et de passer en Chine pour y enseigner le « Djâna », le vrai Bouddhisme, la pratique l’éveil immédiat.  Djâna en chinois se prononce Tchanna, puis, par apocope, Tchan, comme on dit télé pour télévision pour aller plus vite. Pour écrire Tchan les Chinois choisirent un vieil idéogramme représentant une table et de la nourriture ce qui évoque le fait de manger comme de toute absorption (Djâna). En Chine Bodhidharma rencontra d’abord l’empereur Wou des Lang. Le Pi Yen Lou (Le Traité de la Falaise Verte) qui date du dixième siècle relate cette entrevue historique qui 2différencie le vrai bouddhisme (tchan) du faux Bouddhisme littéraire.

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L’empereur Wou se disait bouddhiste et s’efforçait de l’être.  Il faisait traduire du sanscrit en chinois tous les textes bouddhistes qu’on lui signalait. Il faisait construire toutes sortes de temples et de monastères. Il exemptait d’impôts les moines bouddhistes. Il fut très heureux de recevoir un moine bouddhiste indien en la personne de Bodhidharma. Il lui raconta tout ce qu’il faisait en faveur du Bouddhisme et plein de fierté lui demanda finalement ce qu’il voulait savoir avant tout : « Quels ont mes mérites ? ». Bodhidharma lui répondit spontanément : « Aucun mérite !  Tout ce que vous avez fait ne concerne que la réalité et ses illusions. Du point de vue de l’éveil, du point de vue du réel, il n’y a là absolument aucun mérite ni d’ailleurs aucune faute. – Mais qu’est-ce que le réel ? demanda l’empereur stupéfait – le réel est « un vide sans fond sans rien de sacré » (c’est-à-dire le Vide comme abondance, jouissance et richesse). — Mais qui êtes-vous ? s’écria l’empereur. — « Je ne sais pas », répondit Bodhidharma. Avec cette formule Bodhidharma affirmait « la jouissance de ne pas être soi, d’être hors de soi ». C’est ce concept qui distingue le Bouddhisme de toutes les autres doctrines, « anatta » en pâli « le sans soi-même ». « Celui qui ne comprend pas à fond cette « impersonnalité » (anatta) de toute existence et ne comprend pas qu’il n’existe réellement que ce processus continuel d’autodestruction des phénomènes corporels et mentaux apparaissant et disparaissant et qu’il n’y a aucune entité ontologique dans et hors de ce processus, est incapable de comprendre le Bouddhisme » (Nyanatiloka, Vocabulaire Bouddhique des termes et doctrines du canon pâli).

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Le processus d’autodestruction est ce qui caractérise la jouissance qui détruit ce dont elle jouit comme on peut le constater dans le fait de manger ainsi que dans toute forme d’absorption (djâna). Comme l’empereur ne comprenant rien à ses propos, Bodhidharma le quitta sans plus de commentaire et s’enfuit dans les montagnes. Là, il s’installa dans une grotte et pratiqua le tcho tchan  (zazen) pendant neuf ans devant un mur. Le mur symbolise les obstacles et les illusions et le zazen, à l’inverse, le vide libérateur et sa jouissance. On pourrait croire que le tchan consiste à s’absorber dans jouissance du vide en rejetant tout le reste. Ce serait ignorer ce qu’est la jouissance. Parce que la jouissance détruit ce dont elle jouit, la jouissance et aussi l’art de la guerre (destruction). La jouissance et la guerre c’est pareil. Guerre et jouissance sont coextensifs. Un fait historique illustre ce paradoxe.  Les paysans et les villageois avaient remarqué Bodhidharma, cet ascète étrange, ce religieux mystérieux qui passait son temps à faire zazen. Peut-être communiquait-il avec des dieux par ses prières ou possédait-il des pouvoirs magiques. Le chef des paysans de Shaolin vint un jour trouver Bodhidharma, et entre deux zazen lui exposa son problème : A chaque saison des bandits envahissent notre village, lui expliqua-t-3il, ils s’emparent par la force de toutes nos récoltes.

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Est-ce que par vos prières pourriez-vous faire que vos dieux nous protègent de ces bandits, implora le chef du village, car nous n’en pouvons plus. – « Je ne prie jamais, précisa Bodhidharma et il n’y a aucun dieu qui puisse vous protéger. En revanche la jouissance du vide que je pratique et qui est aussi simultanément destruction (ou art de la guerre) pourrait vous aider.  C’est ainsi que Bodhidharma apprit le Kong fu aux paysans de Shaolin. Quand les bandits revinrent à la saison suivante, ils se heurtèrent à des combattants aguerris qui les obligèrent à se retirer pour ne plus jamais revenir. Peu à peu le village de Shaolin s’agrandit et devint célèbre dans toute la Chine pour être le centre de tous les arts martiaux ; Il l’est encore de nos jours. On y reçoit des visiteurs du monde entier qui viennent se former aux arts martiaux. A Shaolin on peut visiter en haut d’une colline où l’on accède par un interminable escalier de plusieurs kilomètres à ce qui fut la grotte de Bodhidharma.

 

Grotte Bodhidharma

La grotte de Bodhidharma à Shaolin

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Lorsque je rencontrais les moines responsables des enseignements de Shaolin je leur demandais pourquoi ils n’enseignaient pas à leurs élèves le zazen de Bodhidharma. Après quelques hésitations ils me répondirent que ce n’est pas la posture qui conduit à l’Eveil mais que c’est l’Eveil qui conduit à la posture. Sur le coup l’explication me satisfit. Puis à la réflexion je me demandais si ce n’était pas une formule toute faite pour ne pas perdre la face (ce qui est la chose la plus importante pour les Chinois). L’idée de m’installer à Shaolin pour y enseigner le zazen me traversa l’esprit. J’avais un calendrier chargé. Je devais faire des conférences dans des hôpitaux et des cliniques dans d’autres villes. Mais surtout je me trouvais trop âgé pour le faire. Si j’avais eu seulement dix ans de moins je me serais franchement décidé. Ai-je eu tort, ai-je eu raison, ou les deux ou ni l’un ni l’autre ? Dans l’inconscient, le jugement suprême consiste à ne pas juger. On peut même échapper au temps. J’y suis donc et je n’y suis pas. On raconte que Bodhidharma se référait toujours au Laṅkāvatāra Sūtra. C’est dans ce discours qu’on trouve le récit certain et poétique, même s’il ne fut jamais attesté historiquement, de la première transmission du tchan, ou de la « transmission de l’intransmissible ». Ce qui montre que la poésie est une science exacte mais invérifiable tandis que l’histoire et les faits sont vérifiables alors qu’ils sont souvent fallacieux.

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L’histoire est la suivante : Un jour sur « le Pic des vautours », Bouddha rassembla ses disciples et leur annonça qu’il allait leur montrer l’essence de son enseignement. Tous les disciples se rassemblèrent pour écouter leur maître, mais Bouddha resta muet, il ne prononça aucune parole, il se contenta seulement de montrer une fleur. Personne ne comprit. Seul Mahakassiapa sourit et entra en extase.  « Désormais Mahakassiapa peut prêcher à ma place », conclut le Bouddha. Telle fut la première transmission du tchan. Tout est illusion mais on ne peut douter de ce que l’on ressent.

A suivre :

2) Houei neng

3)Bouddha et la posture de Siva

4) La statue d’Avalon (je souris et je m’envole)

5) La posture bouddhique chez les Celtes, les Vikings, les Gaulois et dans la préhistoire.

6) Lin tsi

2) Houei neng

Houei neng était bucheron, un simple bucheron, dans les forêts qui entouraient autrefois Canton dans la Chine du sud. On sait qu’il perdit son père alors qu’il était très jeune et qu’il prit en charge sa mère. Un jour alors qu’il travaillait dans la forêt, il entendit un moine réciter le sutra du vide. Houei neng posa sa hache et écouta : « Le vide est les formes et les formes sont le vide. Ni le vide ni les formes ne peuvent être séparés ni les formes être autre que le vide. Ainsi toutes choses sont le vide… »

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Aussitôt, comprenant tout, il entra en une extase si profonde qu’il décida de se rendre au temple de La Prune Jaune pour se devenir moine. Certains récits rapportent qu’il abandonna sa mère sans hésitation, d’autres qu’il réunit une certaine somme qui permit à sa vieille mère de subsister en son absence. Houei neng mit plus d’un mois pour atteindre le temple de La Prune Jaune. Il rencontra le maître du temple, le patriarche Houng jen au milieu de ses cinq cents moines (on prétend quelques fois qu’ils étaient sept cents et parfois mille). — « J’ai entendu le sutra de vie et je viens pour devenir moine », annonça Houei neng – « Mais vous venez du Sud, répliqua Houng jen, région arriérée connue pour sa pauvreté intellectuelle. Vous-même n’êtes qu’un pauvre tâcheron qui ne sait même pas écrire son nom. Ici, il n’y a principalement que des gens du Nord et tous sont remarquablement instruits. On ne peut donc vous accepter dans ce temple, vous n’y trouveriez pas votre place ». — « Certes, dit Houei neng, du point de vue de la réalité et de ses illusions, il y a un Nord et un Sud, des ignorants et des lettrés, mais du point de vue de l’Eveil, du vide, du réel, c’est l’inverse, il n’y a ni Nord ni Sud ni ignorants ni lettrés.

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Comment pourrions-nous faire de telles distinctions ? C’est ainsi que ma place est ici ». Devant un tel argument si conforme au vrai Tchan, le patriarche Houng Jen ne put refuser à Houei neng l’entrée au temple. On affecta Houei neng aux cuisines où il fut chargé de dépailler le riz pour la communauté. Le temps passa. Le patriarche se faisait vieux et sentant que sa mort n’était pas loin, il décida de choisir parmi ses nombreux disciples son successeur à la direction du temple. Il leur demanda d’écrire un court poème exprimant ce qu’est le tso tchan (zazen) et son enseignement. « Celui qui écrira le plus juste et le plus beau poème sera désigné comme mon héritier légitime », fit-il proclamer. Parmi tous les lettrés du temple, le plus savant de tous de l’avis général était  un certain Chen hsiou, érudit confucianiste, entre autre. Chen hsiou ne tarda pas à montrer son poème qui fut affiché dans le dojo central : « Le corps est l’arbre de l’Eveil. L’esprit est pareil à un miroir qu’il faut essuyer sans cesse pour qu’il réfléchisse la vérité sans que la poussière ne la déforme ». Houei neng, qui ne savait toujours pas lire, se fit traduire les lignes de l’érudit par le gardien du dojo. — « Ce n’est pas du tout ça », contesta-t-il-, écrivez à ma place ce poème : « l’Eveil n’est pas un arbre ni aucun corps. Il n’y a ni miroir ni esprit. Tout est vide depuis le commencement où y aurait-il de la poussière ? ». Les deux poèmes soulignaient encore une fois le faux et le vrai Tchan, le Tchan gradualiste, méditatif et littéraire et le Tchan de l’extase immédiate. Le patriarche Houng jen ne s’y trompa pas. Il annonça bientôt que Houei neng était son successeur. La nomination fit scandale et entraina une révolution de palais.

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Comment un moine qui ne sait même pas écrire son nom, qui ignore tout des grands sutras de la littérature bouddhique pouvait-il diriger le plus grand temple Tchan ? Le patriarche Houng jen avait-il perdu la raison ? Devant tant d’injustes et de protestations, le patriarche Houng jen et son successeur Houei neng durent s’enfuir du temple. Ils traversèrent en barque un lac pour se mettre à l’abri. C’est Houei neng, le solide bucheron, qui ramait. Le patriarche dit : « C’est moi qui vous ai fait passer. Ça serait à moi de manœuvrer les rames, mais je suis trop vieux et trop faible pour le faire ». — « Puisque vous m’avez fait passer, patriarche, répliqua Houei neng, je suis de l’autre côté et de l’autre côté rien n’empêche que ce soit moi qui rame pour vous faire passer de l’autre côté d’un lac illusoire…». Houng jen et Houei neng l’ancien et le nouveau patriarche vécurent une existence de réclusion dans les montagnes et les villages de la région. Puis Houng jen mourut quatre ans après avoir nommé Houei neng comme son successeur. Selon les conseils de son maître, Houei neng attendit encore quelques années pour retourner au Temple de la Prune Jaune pour exercer sa mission. On dit qu’il en profita pour apprendre à lire et étudier les sutras bouddhistes qui le confortèrent dans la vérité du Tchan : « Une transmission spéciale en dehors des Ecritures ».

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Pendant une quarantaine d’années, Houei neng, en tant que sixième patriarche et reconnu de tous, enseigna le vrai zen. Houei neng est considéré de l’avis général comme le véritable fondateur du Bouddhisme zen en Chine et successeur direct de Bodhidharma. Son enseignement fut celui du vide comme jouissance, abondance et richesse. Le tso tchan (zazen) n’est pas seulement l’accès direct à la jouissance du vide, c’est voir aussi que toutes les choses de la réalité ordinaire, symbolique ou imaginaire, sont elles-mêmes le vide. Toute conscience est illusoire et la conscience du vide est un vide de conscience. L’inconscient parfait en quelque sorte. L’enseignement de Houei neng fut continué à sa mort par cinq écoles dont seulement deux perdurent aujourd’hui : Le Soto zen et l’école Lin tsi.

(à suivre) :

3) Bo

uddha et la posture de Siva

4) La statue d’Avalon (je souris et je m’envole)

5) La posture bouddhique chez les Celtes, les Vikings, les Gaulois et dans la préhistoire.

6) Lin tsi

 

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3) Bouddha et la posture de Siva

Bouddha n’est pas un dieu ni quelque entité métaphorique. C’est un personnage historique dont on connaît la date de naissance et de la mort (563 à 486 av. JC). Il est né à Kapilavastu au Népal près des frontières de l’Inde. Son nom est Gautama. (Sakyamuni Gautama). Son père était le roi du clan des shakia. Sa mère mourut à sa naissance. Il fut élevé par son père et sa belle-mère. Il reçut une éducation raffinée dans les sciences, les langues, les arts et la littérature. Vers l’âge de trente ans, il s’interrogea sur la mort, la vieillesse, la maladie et la souffrance physique et mentale. Sauf exception, personne ne désire mourir, même les vieillards (voir La Fontaine « Le vieillard et la mort »). Les vieux désirent la jeunesse, les malades désirent la santé, ceux qui souffrent dans leur corps ou leur esprit désirent la guérison. Le désir désire ce dont il manque. Et manquer de ce que l’on désire est souffrance. Exemple, j’ai soif (tanha en pali), je désire un verre d’eau. Il n’y en a pas c’est, l’enfer. J’en trouve, je bois, c’est la jouissance et l’extinction de ma soif. La jouissance est l’extinction du désir qui est manque et souffrance. Dans la religion des Brahmanes, en revanche, le « nirvana », mot sanscrit, désigne un état de béatitude parfaite ne pouvant être atteint que par la contemplation et l’ascétisme. Mais dans le Bouddhisme du Bouddha, c’est l’inverse, le nirvana, c’est la jouissance immédiate, instantanée, abrupte.

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C’est la posture même dite du Bouddha, ou de l’absorption parfaite (djâna), le corps droit, le menton rentré les jambes croisées l’une sur l’autre (en lotus, comme on dit). Bouddha signifie « éveillé », de la racine indo-européenne « weg » qui signifie « vigueur, c’est-à-dire, pour mette les points sur les i et se libérer des interprétations fallacieuses des brahmanes, directement « bander » (toute vigueur ayant pour origine la vigueur sexuelle) ». On raconte traditionnellement que Bouddha se confectionna un coussin avec des feuilles et sous un figuier prit cette posture qui est la jouissance elle-même. Ce qui est retrouver la posture même de Siva que les Brahmanes avaient réduit « au dieu de la destruction », alors qu’il est le dieu de la dance et de la jouissance sexuelle (voir le yoni et le lingua, vagin et phallus qui figurent la jouissance sexuelle). Siva, quand il n’est pas figuré comme danseur, est représenté sous un figuier dans la posture zazen de la jouissance.

Siva

Une représentation de Siva

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Djâna (absorption), Tchanna, Tchan en chinois, c’est aussi la gourmandise, péché capital pour les monothéismes qui prônent la modération voire l’abstinence. Pourtant la gourmandise se distingue de la boulimie en ce qu’elle est associée à la jouissance et au plaisir de la consommation des aliments, elle n’est pas pathologique mais tout le contraire. Preuve en est, les représentations chinoises de Bouddha qui sourient au- dessus de leurs énormes ventres (ce n’est pas la gourmandise du surmoi (Freud) mais celle de l’inconscient, c’est-à-dire celle du réel :

Bouddha

Mais la plus ancienne représentation de Siva est celle d’une très vieille civilisation d’une de la vallée de l’Indus qui date de 5000 av. J.-C. antérieure à l’arrivée des Aryens. Le site principal était Mohenjo daro (le Mont des morts). C’était une civilisation extraordinaire, les maisons comportaient des latrines individuelles, des salles d’eau, des réseaux d’égouts, des ateliers, des entrepôts d’où l’on a pu extraire des milliers d’objets liés à la vie quotidienne dont des sceaux d’argile dont figurant de l’avis général, la plus ancienne représentation de Siva. Le personnage a trois faces (trois cerveaux). Il est posture de jouissance et ithyphallique. On n’a pas encore compris leur système d’écriture ni établi quelle influence cette civilisation a pu avoir sur la culture hindoue contemporaine.

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Siva de la vallée

Siva de la vallée de l’Indus (5000 ans av. JC) à Mohenjo-Daro (le Mont des Morts).

 

Phallus de Siva

Phallus de Siva

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4) La statue d’Avallon (je souris et je m’envole)

Le maitre de zen, Deshimaru, qui introduisit le zazen en France en 1967, en enseignant, selon la tradition de Bouddha, de Bodhidharma, et de Houei neng, « le zen, c’est le zazen », eut l’occasion de se rendre en Irlande où il fut frappé lors d’une visite dans un musée par des statues celtes du IX ème siècle, qui semblaient être en position de zazen, bien que les jambes ne soient pas représentées :

Statues celtes

Statues celtes irlandaises 9 ème siècle.

 

En me les montrant, il me dit que selon son intuition, il devait y avoir des statues réellement en zazen et datant de ces temps très anciens. Puis il me chargea de faire des recherches en ce sens. Je ne suis pas archéologue, ni n’est reçu aucune formation sur cette science, ni ne connait aucun archéologue mais cela ne semblait présenter pour Deshimaru le moindre obstacle.

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Je me rendis donc à la Bibliothèque Nationale (BNF), ignorant et plutôt sceptique, j’entrepris mes recherches. Je découvris bientôt l’œuvre de l’archéologue Emile Espérandieu, qui le premier à entreprendre, de 1907 à 1947, une recherche systématique sur la statuaire gauloise, travail difficile puisqu’on sait que depuis l’empereur chrétien Constantin, furent interdits à partir de 345 tous les cultes païens suivi, en 371 par Saint Martin ordonna la destruction de tous les lieux sacrés, temples, statues et effigies païennes. Tous les conciles chrétiens, de 325 à 787, proclament la suppression systématique de toutes les « idoles de pierre ». En l’an 800, Charlemagne finança l’élimination des pierres païennes et des statues celtes et gauloises.  Espérandieu mis cependant en évidence une profusion de statues de dieux « assis dans la pose bouddhique », selon sa propre expression. Elles se répartissaient dans toute la France, du nord au sud, et d’est en ouest, avec une concentration dans le Massif Central. Toutes étaient bien sur atrocement mutilées, et leur posture n’étaient jamais complète, toujours en demi-lotus. Que ce soit le « dieu d’Autun » (Bourgogne) ou « les dieux assis » trouvés à Roquepertuse (5ème siècle av. JC) qu’on peut voir au musée Bourrely à Marseille et quelques autres.

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Dieu d'Autun

« Dieu d’Autun »

Dieu assis

Dieux assis », musée BORRELY

 

Je les montrais à Deshimaru qui m’incita à chercher  encore. Il devait selon lui y avoir des statues en lotus complet, m’assurrait-il. Je continuais mes recherches, mais je ne trouvais toujours que des demi-lotus, jusqu’à un jour d’avril 1980, où dans les archives d’Avallon, département de l’Yonne en région Bourgogne, je découvris une statue de femme gauloise, datée du 5ème siècle av. JC, les jambes crroisées en posture parfaite de zazen. Elle fut découverte par Espérandieu à Etaule, près de Quarré les tombes (Yonne). Les genoux étaient brisés, la tête coupée, mais on voyait qu’elle croisait parfaitement les jambes en zazen. Dans son dos, on pouvait encore voir des ailes. De sorte que si l’on imagine qu’elle souriait comme toutes les statues bouddhistes, son messsage était : « en zazen, je souris et je m’envole, par de là toutes choses dans la jouissance du vide ». Le mois d’avril finissait quand je pus la montrer à Deshimaru. Il s’apprétait à s’envoler pour le Japon afin de soigner son cancer du pancréas. Quand il vit la photo, il me dit solennelement : « Voilà pourquoi c’est en France que je suis venu enseigner le vrai zen. Ma mémoire inconsciente le savait… »  Il s’envola vers le Japon où il  mourut le 30 avril 1980.

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Etaules

Etaules, Quarré les tombes, statue gauloise d’une femme en zazen (5ème siècle av. JC), dite « la statue d’Avallon » « Voilà pourquoi je suis venu en France, enseigner le zazen » (Deshimaru).

 

De nos jours les Chrétiens, et autres monothéismes, ont cessé de détruire les statues gauloises mais ce n’est que pour mieux s’en prendre à toute la planète, en polluant la terre, les mers, l’eau et l’air, et en plaçant tout sous le risque nucléaire. Reste le message silencieux d’une jeune femme gauloise du fond des âges (5ème siècle av. JC) qui nous dit en quelque sorte : « En zazen, je souris et je m’envole dans la Kundalini (1) de la jouissance du vide.

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