Cercle Psychanalytique de Paris

 

HERACLITE – Le clitoris d’Héra

Héraclite

Le clitoris d’Héra

 Les 139 fragments exquis d’Héraclite d’Ephèse

Héraclite (540-480 av. JC) est un penseur présocratique dont la doctrine  du  «mobilisme absolu»  domina toute l’antiquité. Il est le penseur qui inclut le contradictoire. Avec lui, la jouissance est le contradictoire, « l’impossible devient possible ». Ce qui le place, d’une certaine manière, au cœur de la pensée scientifique contemporaine pour s’adresser intimement à chacun de nous.  Contesté par Parménide, Platon et Aristote, déformé par ses traducteurs judéo-chrétiens et marxistes, il n »e nous reste plus aujourd’hui de son œuvre que 139  éblouissants fragments repris  ici dans leurs  données originaires.

 

Introduction

Le nom Héraclite, Hêrákleitos, signifie littéralement le clitoris d’Héra. Κλειτος , Kλειτορίς , ça se décline. Le clitoris (Kλειτορίς) est le seul organe qui n’a dans le corps de la femme qu’une seule et même fonction : la jouissance. Tous les organes sont jouissifs mais ils ont toujours d’autres fonctions. L’organe qui n’a paradoxalement qu’une seule et même fonction c’est le clitoris.  La technologie moderne nous a montré, qu’à l’intérieur du bas-ventre féminin il a la forme d’un oiseau — tel un oiseau mythique comme le Phénix qui renaît de ses cendres–.  Héra, la sœur aînée, puis la dernière et éternelle épouse de  Zeus, le souverain suprême des dieux et des hommes dans la mythologie, est la personnification de la jouissance. Certes, la jouissance étant mouvement ne s’exprime que par des phases contradictoires qui peuvent s’attirer ou s’opposer. Ainsi, la jouissance peut-elle se montrer  rivale et résistante pour d’autres aspects d’elle-même, à la manière des jeux de l’amour et de la haine chez Empédocle d’Agrigente, que Freud aime si souvent à citer, mais c’est finalement en faveur de toujours plus de jouissance, ou de « plus de jouir » comme dit Lacan. Cette expansion de la jouissance constitue pour Zeus et pour Héraclite le sens de la vie, le réel, et le pouvoir de tous les pouvoirs, le vide qui, s’il n’existe pas, « ex-siste »  puisque  sans lui, sans son incomplétude sonore,  il n’y aurait pas de mouvement.

Héraclite déposa son livre dans le temple merveilleux d’Artémis à Ephèse (en grec l’Artémision). Soulignons que dans le nom d’Artémis il y a « art » et que l’art a une tendance naturelle à privilégier la jouissance. Artémis, sœur jumelle d’Apollon, personnifie la jouissance sans limite de la femme idéale. On l’appelle la déesse suprême de la chasse parce que « chasser » signifie « prendre » et que jouissance désigne fondamentalement — même quand on ne prend   rien–  une prise allégorique de possession ». Son arc d’or symbolise les croissants et les quatre mouvements de la lune. Ceux qui couchaient avec elle, dit-on, obtenait subitement l’illumination.– Sauf Actéon qui n’en eut pas le temps parce que dévorés par ses chiens (la culpabilité) — Comme  pour les autres déesses de la mythologie on dit qu’Artémis était « vierge » mais le mot veut dire ici que ces déesses sont vierges de toute culpabilité et angoisse sexuelles (comme les Catholiques qui disent que Marie, bien qu’ayant enfanté, trompé son mari et pratiqué l’inceste, (puisque Dieu, notre père à tous était forcément  aussi le sien), demeure à jamais, mystérieusement mais très sûrement, vierge et immaculée). Ces déesses sont donc libres de faire ce qu’elles veulent avec des dieux ou des mortels et de faire fructifier l’économie de leur propre jouissance à leur façon, fusse morganatique. Ce qui montre que si l’on veut réanimer quelque peu la mythologie, comme le fit Freud, par exemple, il importe d’abandonner les interprétations de moraline et de pommades verbales qu’en firent les interprètes chrétiens à partir de l’empereur Justinien (« l’élu de dieu » 5ème s.) comme celles qui prirent le relais, bien plus tard, des interprètes marxistes, dont on nous rebat les oreilles encore de nos jours. C’est que pour ces conceptions philosophicoïdes la nature n’existe pas il n’y a que des constructions sociales ou théologales, en bref culturelles.

Pourtant selon les anciens, et quelques rares modernes, les fragments d’Héraclite resteraient incompréhensibles si on les privait de la motion de mouvement ailé, c’est-à-dire de jouissance. Certes, ni le mot ὀργασμός, orgasmós, de ὀργᾶν orgân, (orgasme, « jouissance, bouillonner d’ardeur ») ni le mot ἀπόλαυσις, apólausis de apo (marquant le lieu d’où provient quelque chose) et de lauo, (jouir), ne figurent pas dans les fragments, mais pourtant, ils y sont à chaque fois, et plus encore parce que sous-entendus, et que ce sont les fragments d’Hêrákleitos (le clitoris d’Héra). Tant il est vrai que depuis toujours les grands auteurs ne nomment jamais dans leurs œuvres ce qui leur semble trop évident.

Ce faisant, les premiers traducteurs des fragments ont accompli un travail de recherche titanesque. Ils ont traduit littéralement, de signifiant à signifiant, sans jamais se laisser entraîner par quelque orientation idéologique de sens. On leur doit tout. On ne saurait défigurer ce travail en y transférant une ontologie statique de mauvais aloi, théologique, sociologique ou philosophique. C’est pourtant ce que ne manquèrent pas de faire leurs successeurs. Des traducteurs universitaires se complaisent, encore de nos jours, à nous enliser en ne cessant de se reprendre les uns les autres, à la manière byzantine, sur d’obscures étymologies qui paralysent toute décision de sens en mouvement. Mieux vaut donc, nous semble-t-il, se tourner résolument vers une motion non-ontologique seule capable par sa plasticité mobile et insubstantielle d’unifier sérieusement l’ensemble des fragments : s/ S, le signifié au-dessus du signifiant séparé par la barre de division saussurienne, aussi insaisissable et innommable que le réel et la jouissance. Cette  barre évoque le bâton de Diogène le sage qui, dans ce monde, se sépara de tout, sauf de  son bâton de marche. La relation entre les éléments étant toujours, comme la syntaxe, plus décisive  que l’exactitude de l’orthographe.

« La Nature » tel était le titre du livre d’Héraclite. Qu’est- ce que la nature ? Le substantif vient de la racine « gnè » qui signifie engendrer, naître. La nature c’est ce qui fait naitre. Or ce qui fait naître n’est autre, à l’évidence, que la jouissance, la joie, le vide ou la justice. Il s’agit là, dans cette dimension, d’une jouissance qui anime les corps et les esprits, mais sans jamais s’y réduire et qui possède en outre, le pouvoir étonnant, d’éteindre leur souffrance et de transfigurer leur banalité par la transvaluation des valeurs d’usage comme des valeurs d’échange. Même si on les nomme de la même façon, les choses changent, elles sont impermanentes. L’impermanence est créatrice, et les mots changent aussi, et deviennent d’autres mots qui désignent des choses qui ne cessent pas de changer. La jouissance est comme l’impermanence figurée par le feu qui détruit pour engendrer des choses qui deviennent à leur tour du feu, à la manière, dit Héraclite, dont  «  l’or s’échange contre les marchandises et les marchandises contre l’or ». (Frag.90).

Héraclite d’Ephèse n’est pas un philosophe qui fait de la vérité le principe de tous les principes. Il n’enseigne pas la vérité, mais la saveur. Le mot sagesse d’ailleurs vient de saveur. La sagesse n’est donc, dans cette perspective, que la jouissance. Et la jouissance est le verbe. Si l’on ôte le verbe d’une phrase on ne la comprend plus et toutes les conjectures étant possibles, on reste figé dans le doute. Exemple : La marquise sortit à cinq heures. Enlevons le verbe : Marquise, cinq heures, nous ne comprenons plus rien, nous pouvons y supposer n’importe quoi. C’est que le verbe est le mouvement qui se fait chair, boucle et jouissance. La chair est du verbe animé en jouissance. Les Catholiques l’ont redis avec  leur histoire de l’Angélus. Le verbe-mouvement se fait matière pesante, pensante, chaleur, se fait pulsation, se fait souffle, se fait fraicheur, se fait or, pour toujours plus de jouissance.  Le Bien et Mal, le vrai et le faux sont un : « Il est vrai et en même temps il est faux que tout et un » (Fragment 50). Un, « Oinos » est un article indéfini signifiant « qui est sans partie ». Seul le mouvement ou le vide n’a pas de partie. Comme disait François Villon : « Bourde et vérité, m’est tout un ». Ce que Lacan démontrera avec sa topologie des nœuds. Ce « un » n’est pas l’univers, mais bien plutôt un «multivers», genre de « moins-un-multipliant», de « pas tout » qui demeure inadmissible pour la philosophie. Alors que Nietzsche, à rebours, raconte : « Quand il eut atteint l’âge de trente ans, Zarathoustra (ce prince persan qui inventa la distinction bipolaire entre le Bien et le Mal) descendit finalement de sa montagne pour aller expliquer au monde qu’il s’était trompé » : Il n’y a pas de Bien et de Mal. Ils sont le même. Ce qui est  parfaitement contradictoire. La jouissance ne se réduit ni à l’un ni à l’autre. D’où « Par-delà Bien et Mal », ou comme dit Héraclite, cité par son ennemi Platon dans «  Le Cratyle » (le dialogue sur « qui a inventé les noms ») : Pour le mouvement  « tout cède et rien ne tient bon » (Frag. 135). Dans le mouvement, Panta rhei, « tout s’écoule » (Frag. 136).

Où est l’intérêt de renverser la morale en disant que Bien et Mal sont un et le même ? L’anomie ? Non pas, mais bien plutôt, le pouvoir suprême de distinguer la jouissance  du plaisir et du désir et  le  désir du besoin et de la demande. Car la grande affaire dans l’existence n’est-elle pas pour chacun de se délivrer du dualisme pendulaire corps-esprit, où seule la mort, du moins on l’espère, peut nous délivrer de la souffrance et de l’ennui ? Avec le système inconscient  de Freud et de Lacan la mort , le réel, le contradictoire et le zéro (anagramme d’éros, avec un z qui ose) changent  de sens et deviennent nos alliés. Du moins  dans mesure où  la psychanalyse, victime de son succès comme on dit, n’a  pas  été transformée en « principe unique », c’est-à-dire en idéologie totalitaire du un. Un « Un »  stupide, buté  et solitaire, qui n’est évidemment pas le célèbre  « Un   contradictoire » d’Héraclite. Ainsi,  comme l’enseigne Lacan  le désir  —  le désir réel– est l’extinction du besoin et de la demande, en ce sens, il est jouissance (nirvana).  C’est qu’avec Lacan la dynamique du trois est toujours  originaire.  La jouissance est antérieure et divergente du plaisir et des désirs ordinaires de l’esprit, qui, par définition désirent ce qu’il n’a pas, et cause, de ce fait, directement ou indirectement l’insatisfaction et la souffrance. La souffrance n’est qu’un refoulement de la jouissance sans raison ou de la « béatitude » originaire. Le plaisir  consumériste concerne le corps, et a constamment des problèmes  de limite,  l’esprit  s’enlise dans la demande et la monotonie. Seul le réel indéfinissable est jouissance. Héraclite enseigne lui aussi ces distinctions capitales  entre la jouissance le plaisir et le désir : «  Si la jouissance se réduisait aux plaisirs du corps, nous dirions que les bœufs, qui ont un corps plus gros que le nôtre, en sont aussi plus aptes que nous, dès qu’ils consomment stupidement leur fourrage » (frag.4), et, «  Si la jouissance se réduisait à l’esprit, elle devrait donc être l’exclusivité d’Hésiode, de Pythagore, de Xénophane et d’Hécatée. » (frag.40).

Ainsi lorsque nous confondons les désirs, les plaisirs et la jouissance c’est comme si nous nous obstinions à ne vouloir que notre abêtissement et nos propres malheurs : Nous n’habitons plus que la logorrhée d’une absence triste.  Les paradigmes du désir relèvent de la culture. Ils désenchantent la jouissance. Plaisir et désir sont centrés sur eux-mêmes par peur de la mort, c’est pourquoi ils ratent la jouissance. La jouissance, dans le système inconscient, est une réconciliation avec la mort, qui est destruction, mais destruction créatrice. Car La mort, comme dit Lacan, est du côté de l’Eveil, notre mère à tous, « la merveille ».  Comme la déesse indienne Kali on peut la voir partout. Le cimetière de l’impermanence est sa piste de danse. Elle s’engendre elle-même. Elle est  à elle-même son propre enfant en se procréant  par dissolution  des choses (le dernier séminaire de Lacan, n°27, s’intitule justement  «La dissolution»). Tous les paysans savent que si le grain ne meurt rien ne pousse. On peut  donc dire et penser que paradoxalement « toute pulsion est une pulsion de mort » comme l’explique Lacan dans Ecrits (p.848). Les cinq destins de la pulsion, selon Freud : « Le refoulement, l’activité et la passivité, le retournement sur soi, le renversement en son contraire et la sublimation » sont des pulsions de mort. Mais, dans cette dimension contradictoire la mort est jouissance. C’est pourquoi les hommes ont d’ordinaire avec l’amour, la mort et la jouissance  des relations curieusement complexes dès qu’ils veulent les définir. Ils manquent du sens topologique de l’inconscient. C’est que le système inconscient  se montre en pratique très  supérieur au système conscient. Le système inconscient se dit «  i.c.s » en psychanalyse. Ce qui se prononce X. (Il se trouve que lorsque deux nombres sont séparés par X  ils sont multipliés). C’est que dans le système conscient  A = A  et il lui est interdit d’égaler non-A. Ce serait contradictoire et le contradictoire est impossible. Mais dans le système inconscient A = non-A.  Si A égale non-A,  c’est-à-dire n’importe quoi, il peut tout  aussi bien égaler A, ce qui lui donne une supériorité de manœuvre sur le système conscient, qui, lui, est limité par son inéluctable loi d’identité. Le contradictoire permet des identités imprévisibles et de très longues chaines d’analogies étranges et productrices. C’est comme pour le rapport sexuel. Il n’y a pas de rapport sexuel qu’on puisse réduire à une explication rationnelle. (Lacan  « Il n’y pas de rapport sexuel » in l’Etourdit). Ce faisant la jouissance est le sens de la vie, c’est-à-dire un sans-fond fondamental. Fondamentalement sans-fond comme le vide efficient dans l’univers des poètes dont Jean Cocteau disait : « ils  sont indispensables, même si on ne sait pas à quoi ». Le néant n’est pas relatif à l’être. Ne pouvant absolument que se dire, il est nécessairement à lui-même sa propre négation sonore, c’est-à-dire une jouissance en expansion, une sorte de langage plus qu’intime « extime », extérieur,  par-dessus notre crâne, lumineux, comme étranger à  tout repère ordinaire, n’ayant pour fonction que l’augmentions de « l’ex-stase » en distancifiant les choses et les mots  et les recombinant. Cette praxis développe la capacité d’étonnement qui transfigure les situations les plus banales et les choses les plus ordinaires de la vie jusqu’à les voir réellement telles qu’elles sont, c’est-à-dire stupéfiantes. La jouissance est foncièrement le sens de la vie, de la nature, le sens du sens qui n’a nul besoin de sens. En bref, l’existence est souffrance et « l’ex-sistence » est jouissance. Il y a entre le plaisir et la jouissance le même écart de nature qu’entre la transe, hystérique ou maniaco-dépressive, et « l’ex-stase »  tranquille de l’oiseau.

En déposant son livre dans le temple d’Artémis Héraclite le confiait à l’édifice le plus haut, le plus  durable, le plus prestigieux de son époque. L’Artémision était connu comme étant la cinquième des sept merveilles du monde. Selon Pline l’ancien le temple comptait 127 colonnes de 60 pieds de haut, certaines couvertes d’or ou d’argent ou sculptées d’amazones (les amazones figurent l’autonomie de la femme, à savoir la jouissance). On ignore la mesure du pied auquel se réfère Pline l’ancien, mais on connaît le nom des architectes de l’Artémision. Ils étaient trois comme les trois hypostases du temps. Il s’agissait de Théodore de Samos, de Chersiphron, le crétois, et de Métagène, son fils. C’est le roi Crésus de Lydie, celui dont le nom est toujours synonyme  de richesse, qui finança les travaux. Les archéologues et architectes modernes ont pu en rétablir les dimensions suivantes : 137, 74 m. de long sur 71,74 de large et 127 colonnes de 18mètres de haut. Aujourd’hui il ne  reste plus qu’une seule colonne dans un terrain vague, déserté par les Ephésiens, les Turcs, et les touristes. Combien a-t-il fallu d’ouvriers pour construire un tel chef d’œuvre ? Des centaines, des milliers, tous forcément aussi ignorants et pauvres que ceux qui construisirent les pyramides. Comment pouvait-on leur communiquer ce qu’il convenait de faire ? On sait qu’en ce temps-là, comme pour les pyramides d’Egypte, on se servait de la fameuse corde à treize nœuds et douze intervalles d’un pied (à la dimension de celle du pied du roi ou de celui qui commandait les travaux). Cette corde a été l’instrument de tous les architectes de l’antiquité, et jusqu’au Moyen-âge et jusqu’aux constructeurs de cathédrales. Cette corde à treize nœuds permettait en effet de reproduire toutes les formes géométriques nécessaires pour la construction des édifices (voir sur internet « Corde à treize nœuds »). Pour les penseurs de l’Antiquité l’univers était composé de quatre éléments : la Terre (dont la solidité était figurée par les quadrangles), l’Eau (figurée par les ronds), l’Air (figuré par les croissants) et le Feu (figuré par les triangles). Ils se combinaient et s’engendraient les uns les autres par le mouvement du vide, comme on peut le montrer avec la corde à treize nœuds ou comme le raconte Héraclite dans ses fragments. Si l’on regarde les reconstitutions virtuelles qu’on nous présente du temple d’Artémis nous avons l’impression qu’il n’est fait, comme le Parthénon d’Athènes, que de lignes droites. Mais c’est une illusion, de même que pour le Parthénon, toutes les lignes droites, même celles des colonnes, n’étaient faites que de courbes. La ligne droite n’existe pas, elle est le mouvement qui ne peut être qu’évoqué, quelque chose comme la jouissance héraclitéenne. Le corps humain est composé de solide, de liquide, d’air, de chaleur et des trous qui les articulent. Mais il importe de rappeler, même aux femmes, que leur sexe représente, réellement ces « 4 éléments de l’univers ». En effet, le clitoris est un triangle (le feu), les grandes lèvres sont des croissants (l’air) les petites lèvres sont quadrangulaires (la terre), et le vagin (à la fois l’eau et le trou qui les articulent). Soit le principe même sur lequel fut bâti l’Artémision. Les statues d’Artémis sont décorées d’oiseaux, jusque sur sa tête, et d’un blason de testicules de taureau. On comprend qu’Héraclite  d’Ephèse ait tenu à y déposer son livre sur la nature de la jouissance.

En ces temps-là, les philosophes, les penseurs-poètes n’écrivaient leur livre qu’en un seul exemplaire qu’ils déposaient dans le temple du dieu ou de la déesse auquel leur sujet se référait. Ceux qui s’y intéressaient pouvaient ainsi copier l’ouvrage de référence et le communiquer. Le livre d’Héraclite se présentait sous la forme d’un rouleau. « Ne déroule pas à la hâte le livre d’Héraclite », nous conseille toujours Diogène Laerce depuis le troisième siècle. Le texte ne figurait qu’au recto, écrit en majuscules et en colonnes parallèles. Les mots n’étaient pas séparés les uns des autres. Il fallait donc le lire, comme tous les ouvrages de l’époque, à haute voix. C’est donc la voix qui donnait le sens véritable de l’écrit. Ce qui est essentiel pour un sujet qui échappe à tout réductionnisme théologique, philosophique ou politique. L’ensemble constitue un système dynamique et autonome où chaque proposition éclaire, explique et complète les autres. On aura beau brûler le temple d’Artémis, comme le fit Erostrate  (- 356), dénigrer la pensée d’Héraclite comme s’y exercèrent Parménide, Platon et Aristote, les chrétiens et les marxistes, tous les fragments du maître d’Ephèse dévoilent pour toujours, avec la simplicité d’une rose, la cohérence insubstantielle de la motion de jouissance. Comme la volonté de puissance nietzschéenne ou le système inconscient de Freud et de Lacan, la pensée d’Héraclite s’avère être le réel de la sagesse que chacun porte en soi. La valeur des valeurs, c’est-à-dire la plus-value et le plus de jouir, est appelée « l’objet petit a » chez Lacan, et c’est cette lettre, a, qui est le principe moteur de la psychanalyse, son  chant nodal à puissance nucléaire, le « ah » de jouissance que chacun connaît d’expérience de la naissance à la mort. Sans ce plus de jouir héraclitéen, la jouissance dépérirait en s’enlisant dans les plaisirs consuméristes  « humains trop humains » où chacun ne se complait plus, hélas, qu’à rivaliser de  souffrance.

A travers la masse des âges Héraclite nous apprend à se libérer, à se jouer de  la bipolarité de la réalité et de son  balancement maniaco-dépressif en faveur du rythme  réel de la jouissance. Car la réalité binaire, qui rejette le contradictoire, est fondamentalement souffrance et dépression. Alors que dans le tétralemme du système inconscient le Réel est  contradictoire : le trou y précède ses bords. La voix est le vide (c’est cette voix qui quand elle sonne n’est plus la voix de personne, ni de moi ni d’un autre,c’est la voix qui s’oublie elle-même). Le son y précède le sens.  A peut égaler non-A. Tous les corps sont Imaginaires  et le Symbolique est un assemblage libre, comme dans le jeu du  « Cadavre exquis» (tous les mots y sont des cadavres exquis : « naître c’est n’être » par exemple et inversement) Le Réel est le mouvement qui précède les choses, la mobilité absolue, c’est-à-dire la jouissance. L’Imaginaire est plaisir, le Symbolique désir, et l’objet a « la plus-value et le plus de jouir ». Comme le montre le nœud Borroméen de la psychanalyse « l’objet a », le plus de jouir, appartient simultanément à chacun des cercles : Réel, Imaginaire et Symbolique. Le Réel, (l’inconscient-jouissance), produit l’Imaginaire (le corps) qui produit le Symbolique (l’esprit). Le  rond du Réel est pardessus l’esprit qui est pardessus l’Imaginaire (le corps) lequel est pardessus ce qui l’anime, le Réel :

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On ne plaisante pas avec les ronds. Car  qu’est-ce qu’un rond ?  C’est une ligne infinie à la fois convexe et concave qui se ferme sur elle-même et qui n’a pas de dedans, autrement dit, un vide qui précède ses bords.  C’est qu’il n’y a pas d’êtres, en topologie, mais des lettres, enseigne Lacan. Une lettre c’est du vide produisant des lignes. Les lettres, ça s’interprète, d’alpha à oméga. Privilégions dans les mots le prestige des sons, délivrons-les de la malédiction des dictionnaires. Car  « le plus difficile n’est pas de traduire les mots, comme disait Claudel, c’est de traduire ce qu’ils signifient ».  La parole étant insubstantielle et jetée dans le temps qui n’est jamais le même, logos, chez Héraclite, se doit d’être traduit par jouissance, « jouis-sens », ce qui implique la joie et la justice. En tout cas la justice absolue qui consiste à ne pas  se mentir, à ne pas faire semblant, mais à savoir se commander opportunément. La jouissance héraclitéenne est la justice absolue. Pourtant « les humains ignoreraient jusqu’au mot justice s’il n’y avait pas d’injustices » (Frag. 23). C’est que la justice absolue est le contradictoire. Doit-on rappeler  la justice de Salomon concernant les deux femmes qui se disputaient le même enfant ?  C’est encore, pourrait-on dire, plus simplement, comme  « Le Trésor de la Licorne », ou plus exactement « le trésor de la « clitorne », cette histoire qui raconte qu’on on va chercher très loin sans le trouver, le trésor que l’on a chez soi.  Comme le dit  Lacan dans Ecrits    (p.827) : La castration (dans le système inconscient) veut dire qu’il faut que la jouissance soit refusée pour qu’elle puisse être atteinte sur l’échelle renversée de la loi du désir ».

Pourrait-on oser un parallèle entre le nœud Borroméen et la physique quantique (cantique ?). C’est que comme l’a démontré Einstein le temps, l’espace et la matière sont relatifs mais il y a quatre force dans l’univers qui sont absolues : la gravitation, ou champ gravitationnel, le champ électrique, le champ magnétique et le champ nucléaire. La physique quantique résume l’univers à  ces quatre champs qu’Einstein lui-même toute sa vie, ainsi que d’autres savants, ont cherché à unifier sans pouvoir jamais y parvenir.  Ces champs de forces sont, d’une certaine manière, des objets, au même titre que des tables et des chaises. Tout le reste, matière, espace, temps, est relatif. Pourrait-on dire que le champ magnétique correspond au cercle du Réel sur le nœud Borroméen ? — Le champ magnétique  est celui qui engendre le Nord et le Sud que rien ne peut jamais isoler. Les pôles de noms contraires s’attirent et les pôles de noms identiques se repoussent (c’est le champ magnétique de la terre qui fait tourner les boussoles), voilà le Réel — Pourrait-on dire que le cercle de l’Imaginaire (le corps) sur le nœud Borroméen correspond au champ électrique ? — Le champ électrique  est celui qui cause les nuages et les tempêtes et agit sur notre système nerveux — Pourrait-on dire que le rond du Symbolique sur le nœud Borroméen correspond au champ gravitationnel ? — Le champ gravitationnel est celui qui fait qu’inéluctablement toutes les choses tombent– Enfin pourrait-on dire qu’au centre des trois cercles qui forment le nœud Borroméen il y a le champ nucléaire qui correspondrait à «  l’objet petit a » ?  L’objet petit a est un nœud, un nouage topologique, c’est-à-dire un combiné de forces en mouvement.  Dans un atome, les particules sont maintenues ensemble par ce nouage mystérieux, appelé nucléaire. En tout point de l’espace le champ électrique traverse le champ magnétique et le champ magnétique traverse le champ gravitationnel sans se gêner mutuellement. Or ces champs contiennent de l’énergie et un tel comportement est par conséquent tout à fait incompréhensible pour la logique ordinaire. Louis de Broglie a montré qu’on ne peut jamais savoir avec certitude où se trouve un électron, un proton, un neutron. Aux environs de un Fermi (10 puissance-13 cm, longueur d’onde à partir de laquelle la notion même d’espace n’a plus de sens) l’énergie commence à se changer en matière et les rayons en particules, nous dit la science.  Reste qu’il y a des tas de choses que la physique quantique ne sait encore ni faire ni expliquer alors que la nature les réalise sans y penser depuis toujours. Tous ces champs de forces (ces chants de forces) ne seraient-ils  pas des « chants de jouissances » ? En tout cas ils y ressemblent. Nonobstant, dans le R.S.I. du système inconscient, où il n’y a que des mots, voire que des lettres ou des traces de sons, c’est bien plutôt à une quadruple absence de ces champs absolus ou fondamentaux qu’on a affaire : Le feu  y est sans matière, la matière est sans forme, il n’y a ni armes ni instruments, ni eau ni d’oxygène, comme dirait le Wuxing chinois, seulement la jouissance qui les transmute, les combine et les anime. L’antigravitation (la lévitation)  y est possible, l’énergie, fut-elle nucléaire, ne s’y conserve pas, elle se multiplie, le mouvement est irrationnellement perpétuel, ou comme le résume Lacan : « dans l’inconscient le réel c’est l’impossible ». Même fermé l’inconscient n’a pas de dedans, il n’a ni moi ni autre, ni corps ni esprit  ni leur unification ni leur dissociation, seulement une pensée foisonnante où la jouissance s’y exerce en acte.

Tout est impermanent, c’est-à-dire contradictoire : Les hommes, la pensée, la terre, le soleil, les étoiles, les pulsations cardiaques, la respiration, la jouissance et le reste. Il n’y a donc ni être ni néant. Tel est le «mobilisme absolu » d’Héraclite. Dans l’Antiquité, psyché, l’âme (le souffle vital en grec) était assimilée aux mouvements du solide, du liquide et du feu (du feu-sans-matière). Ce tétralemme dynamique se retrouvant partout, l’âme  (psyché) était conçue comme universelle. Toutefois Héraclite plaçait le feu sans matière, c’est-à-dire la jouissance (pur), au cœur du mouvement des trois autres. Les religions et les philosophies n’avaient pas encore réduit l’âme, (le souffle vital) à l’esprit ou au corps, c’est-à-dire au solide et liquide (les philosophies matérialismes).  En ces temps-là on savait  encore s’absorber et se dissoudre, à chaque instant,  dans l’univers, la liberté était infinie, et, l’éternité, (qui est l’anagramme d’étreinte) était la jouissance absolue. — «  Elle est retrouvée,  quoi ? L’Eternité. C’est la mer allée avec le soleil » — dit Rimbaud. Ce qui est parfaitement contradictoire. Ce qui différencie  Héraclite de tous les autres systèmes de pensées se fondant sur l’impossibilité du contradictoire c’est  donc « le feu sans matière ». Son « logos » étant irréductible  à  « la raison », on peut, en tout cas de nos jours, le traduire par « l’araison », selon le néologisme de Lacan, c’est-à-dire  à l’ab-sence dynamique  de raison. N’en déplaisent à Bailly et Chantraine, on ne peut, non plus, le restreindre  simplement à «  parole » puisque la parole ici (l’esprit) ne cherche– comme tout  ce qui refuse  le contradictoire– qu’à ne faire croire qu’à ce qu’elle dit, alors qu’elle n’est, en toute rigueur, qu’impermanence, à la fois insubstantielle et « ab-sence dynamique ». Ce que Paul Valéry décrit  magistralement  comme étant la jouissance en acte :

« Comme le fruit se fond en jouissance, comme en délice il change son absence, dans une bouche où sa forme se meurt ».

Contradictoire la jouissance est le mouvement générateur. Nous ne sommes plus là dans la  dimension de la pensée, mais  dans celle  de « l’appensée », comme dit Lacan dans le Sinthome  (séminaire 23, p.144). «  L’appensée, cette fois, au masculin, comme on dit un musée, un sigisbée, un hyménée, un gynécée (l’appartement des femmes), un trophée, voire un athée… » L’appensée Lacan le figure dans son enseignement  par le  nœud Borroméen, c’est-à-dire une autre écriture, une écriture de méridiens et de « chants de forces ». A prendre donc, les lettres à la lettre, logos, désigne  la  «  jouis sens »,  de même que les concepts de théos, d’oinos  et de pur, le feu-sans-matière. Ces notions forment des circuits, des réseaux, des méridiens, d’associations libres. Chaque fois, sous un angle neuf, la jouissance est épanouissement, séparation d’elle-même, coupure créatrice, ouverture, incomplétude en mouvement, indépendante de tout. Nous sommes ici dans l’uchronie, la synchronie, dans le système inconscient où le contradictoire est réellement possible et le miracle ordinaire car l’incomplétude y détermine tout système. Tous les auteurs, depuis toujours,  s’accordent à dire que la pensée d’Héraclite est séparée de tous les autres systèmes de pensée simplement parce qu’affirmer que le contradictoire est possible c’est ratifier l’obscur ( synonyme aujourd’hui de matière ou d’énergie noire) : « Héraclite l’obscur ». Cependant il s’avère que cet obscur, cet obscur en acte, plus obscur que tout obscur, ouvre la porte à tous les prodiges.

Rien d’étonnant que l’histoire n’est retenu  d’Héraclite que 139 fragments. Le célèbre philologue Hermann Diels les a classé dans l’ordre alphabétique des auteurs qui en ont parlé. Le fragment 1, par exemple, n’étant cité, d’abord,  que par Aristote, même s’il n’est pas complet, puis, par Sextus Empéricus, sera  donc, le premier fragment. Il n’y a aucun intérêt à modifier ce classement. L’instrument qu’est la pensée n’existe pas par lui-même. Nul ne sait où commence un son et où l’autre finit parce que  si l’on différencie un son d’un autre c’est qu’il y a nécessairement un vide entre eux qui en détermine la jouissance.  Dans chaque mot  chaque lettre est un son  qui se distingue de l’autre grâce au vide qui le constitue et l’anime. D’où la modernité de la formule universelle de Démocrite : «  Il n’y a que du vide et des lettres ». C’est le philologue Heinz Wismann, directeur d’études  à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, qui a restauré dans une étude  rigoureuse, approfondie et détaillée ce que Démocrite disait vraiment. Dans son livre «  Les avatars du vide » (Fayard) il corrige  les interprétations fallacieuses   d’Aristote  et Platon qui réduisaient  la pensée de Démocrite à un matérialisme naïf. Ainsi, nous savons aujourd’hui que chez Démocrite les atomes ne sont pas des corps, comme on l’enseigne encore  erronément aujourd’hui, « mais des lettres ». La philologue  Barbara Cassin dans  son livre «  Il n’y a pas de rapport sexuel » (Fayard), donne le passage du Livre Gamma de la Métaphysique d’Aristote où Leucippe et Démocrite établissent clairement que les atomes sont  des lignes rythmées, c’est-à-dire des lettres. Ainsi : «  le A diffère du N par la figure, AN diffère de NA par l’ordre, et Z diffère du N par la position  » (Métaphysique A 98b).  Le « Méga Kéno », « le Grand Vide » dit Démocrite, s’exprime par  des lignes qui se propagent selon leurs rythmes propres  en filaments qui s’entrecroisent, se tissent, se nouent et se dénouent pour former les lettres. Ce  qui permettra aux Sophistes de soutenir que « rien n’est, ni l’être ni le non-être », mais seulement l’art suprême de la voix. En effet, le vide n’existant qu’en étant dit est une voix sonore, contradictoire, dynamique, anonyme et autonome (les Chinois l’appelle Dao, « la voix qui précède le mot qui précède la chose, ou la voix qui précède le son qui précède le sens»). Que les lettres puissent  changer de figure, signifie que  les trois lignes qui composent le A de alpha peuvent  se déplacer pour  former  un delta Δ, (d,) ou un N, ou, en se combinant autrement, en se courbant, en se séparant,  en se resserrant, prendre la figure de toutes les autres lettres de l’alphabet.  Etrange calligraphie des mutations où le vide produit les lettres et les lettres des changements de sens. Les lettres peuvent s’ordonner comme on voudra, de différentes façons. Comme disaient les Anciens : « nul ne peut douter  alors qu’avec seulement vingt-quatre lettres on puise écrire un nombre illimité de tragédies, de comédies et d’histoires. ».  Toutes les transmutations et erreurs de transmission sont possibles. De plus, ajoute Démocrite, les lettres peuvent aussi changer de position, ce qui veut dire  que le Z peut devenir un N, le b, un d, le q un p etc…  «  La béance de l’inconscient est pré-ontologique », explique Lacan dans «  Les Quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse» et « L’inconscient se tient dans l’aire du non-né » (p.25). Ce qui montre bien qu’il est  impossible de fixer, sous quelque rapport que ce soit, la jouissance.  D’où le « Il n’y a pas de rapport sexuel » de Lacan. La jouissance est de l’ordre du non-né, du  non créé, du non formé, du non fermé, de l’ouvert, de « l’u vert » comme l’impliquent les notions mystérieuses et contradictoires de nature et celle, comme on dit aujourd’hui, d’insubstantialité de l’univers physique. Les  univers se réduiraient  donc à du vide et des lettres (une lettre est le signe d’un son) ? Il n’y aurait donc que la ligne immatérielle du vide qui se tordrait de rire, à la manière des nuages, en ne formant que des lettres pour toujours plus de jouissance ? On y retrouverait les noms des neufs muses filles Zeus et de Mnémosyne, la mémoire infinie qui savait, en outre, inclure l’oubli.  On rapporte, en tout cas, que Démocrite riait tout le temps, et qu’Héraclite pleurait de rire.  De nos jours, où l’électron, qui est à la fois onde et particule (ce qui est contradictoire) est le fondement dynamique  de notre civilisation électronique, n’assiste-t-on pas au retour  des Présocratiques et  des Sophistes, mais sous un autre statut ? La matière noire, l’énergie noire, la théorie des cordes, l’énigme des quatre champs de forces, l’expansion accélérée de l’univers, comme celle des neurones de notre cerveau,  ne sont-elles pas  des notions  en résonnance avec  la jouissance de «  l’appensée » héraclitéenne ?

Comme l’enseigne le neurologue Idriss Aberkane on ne libère notre cerveau que par une jouissance sans limite.  Son « Traité de neurosagesse » (Albin Michel) est un parfait  traité des « nœuds » de jouissance. Un nœud topologique est un champ de forces (un chant de forces) où sagesse = saveur. C’est une praxis fondée sur des preuves et non sur des idées. Certes, l’Art est trompeur, mais, mieux vaut toujours être dupé par l’Art que de ne pas l’éprouver si l’on veut jouir de sa propre vie et de sa propre mort et de la mort de sa propre mort. Comme l’enseignait Gorgias le sophiste :

«  Le trompeur (l’Art) est plus juste que celui  qui ne trompe pas (contrairement à la manière dont pétrifie les choses l’arrogante Vérité qui se dit « non-dupe »), et avec l’Art, le trompé est beaucoup plus sage que le non-trompé ».

Lacan expliquait pour conclure : « Les non-dupes errent » (séminaire 21) .C’est-à-dire que ce sont « les non-dupes qui errent » et qui ne savent jamais, quoiqu’ils en disent,  ni au début ni à la fin, où ils en sont, simplement parce que le Réel,  est le contradictoire, et que le contradictoire est jouissance. C’est ainsi, nous  en conviendrons, que le silence  n’est pas le silence, le noir n’est pas noir, que les voix du rien se font entendre, les absences sont parfumées et que l’intangible se touche, comme l’enseigne Héraclite. La jouissance sans objet, l’extase du non-penser et la béatitude du jeûne sont une plus-value et plus de jouir à la portée de quiconque..

 Guy Massat

 

1

ARISTOTE ET SEXTUS EMPIRICUS  in Contre les mathématiciens, VII, 132 (p. 32-33 Mutschmann) :

τοῦ δὲ λόγου τοῦδ᾽ ἐόντος ἀεὶ ἀξύνετοι γίγνονται ἄνθρωποι καὶ πρόσθεν ἢ ἀκοῦσαι καὶ ἀκούσαντες τὸ πρῶτον· γινομένων γὰρ πάντων κατὰ τὸν λόγον τόνδε ἀπείροισιν ἐοίκασι πειρώμενοι καὶ ἐπέων καὶ ἔργων τοιούτων ὁκοίων ἐγὼ διηγεῦμαι κατὰ φύσιν διαιρέων ἕκαστον καὶ φράζων ὅκως ἔχει. τοὺς δὲ ἄλλους ἀνθρώπους λανθάνει ὁκόσα ἔγερθέντες ποιοῦσιν ὅκωσπερ ὁκόσα εὕδοντες ἐπιλανθάνονται.

 

2

SEXTUS EMPIRICUS, Contre les mathématiciens, VII, 133 (p. 33 Mutschmann) :

τοῦ λόγου δ’ἐόντος ξυνοῦ ζώουσιν οἱ πολλοὶ ὡς ἰδίαν ἔχοντες φρόνησιν.

 

3

Aétius, Opinion, II, 21, 4 (p. 351 Diels, Dox) :

[περὶ μεγέθους ἡλίου] εὖρος ποδὸς ἀνθρωπείου.

1

La Jouissance dont je parle échappe à la raison des hommes. Aussi bien avant qu’après l’avoir expérimentée. Bien que tout arrive selon la jouissance, les humains se montrent maladroits et perdent pied dès qu’ils tentent de la définir en la réduisant à des actes ou des paroles que moi j’analyse et replace dans leur contexte. La jouissance leur échappe à la manière dont leur échappe le sens de ce qu’ils produisent en dormant.

 

2

Il importe s’attacher à ce qui est universel. Bien que la jouissance soit universelle, chacun considère la sienne comme norme et celle des autres comme étrangères.

 

3

On peut dire et penser que la taille du soleil a la largeur d’un pied d’homme.

 

4

Albert le Grand, De Vegetabilibus, VI, 401 (p. 545 Meyer) :

Si felicitas esset in delectationibus corporis, boves felices diceremus, cum inveniant orobum ad comedendum.

 

5

Atistocritus, Théosophie 68 (I, p. 118 Buresch, Klaros, Leipzig, 1889; p. 184 H. Erbse, Fragm. gr. Theosophien, Hamburg, 1941) :

καθαίρονται δ᾽ ἄλλως αἵματι μιαινόμενοι οἷον εἴ τις εἰς πηλὸν ἐμϐὰς πηλῷ ἀπονίζοιτο· μαίνεσθαι δ᾽ ἂν δοκοίη εἴ τις αὐτὸν ἀνθρώπων ἐπιφράσαιτο οὕτω ποιοῦντα. καὶ τοῖς ἀγάλμασι δὲ τουτέοισιν εὔχονται, οῖον εἴ τις δόμοισι λεσχηνεύοιτο, οὔ τι γινώσκων θεοὺς οὐδ᾽ ἥρωας οἵτινές εἰσι.

 

6

Aristote, Météorologiques, II, 2, 355 a 14 (I, p. 55 P. Louis) :

ὁ ἥλιος νέος ἐφ᾽ ἡμέρῃ ἐστίν

 

4

Si la jouissance se mesurait  aux corps, on pourrait dire que les bœufs, qui sont plus gros que nous, sont aussi plus aptes à la ressentir, dès qu’ils consomment stupidement leur  fourrage.

 

5

Quand ils se sentent coupables  les humains cherchent à se purifier. Mais ils s’y prennent aussi stupidement que celui qui, étant tombé dans la boue, voudrait se nettoyer avec de la boue .On pourrait dire qu’il est fou. Ils font des prières à des statues comme si  la pierre ou le marbre pouvait les entendre. Ils ignorent ce que sont les héros et les dieux. (Ils savent pas que c’est en se passant de la richesse qu’on en jouit. Les dieux et les héros sont des gens ordinaires mais qui ont su trahir leur condition. Le mot dieu » est l’anagramme de « vide » et dans « héros » il y a « Eros » sans hache.)

 

6

La jouissance est comme le soleil, non seulement nouveau chaque jour, mais à chaque instant toujours nouveau

 

7

Aristote, Du sens et des sensibles, 5, 443 a 23 (p. 248 s. Hett) :

εἰ πάντα τὰ ὄντα καπνὸς γένοιτο, ῥῖνες ἂν διαγνοῖεν.

 

8

Aristote, Ethique à Nicomaque, VIII, 2, 1155 b 4 :

τὸ ἀντίξουν συμφέρον… ἐκ τῶν διαφερόντων καλλίστην ἁρμονίαν.

 

9

Aristote, Ethique à Nicomaque, X, 5, 1176 a 7 :

ὄνους σύρματ᾽ ἂν ἑλέσθαι μᾶλλον ἢ χρυσόν.

 

7

Même quand tout  se transformerait  en  fumée, ce sont les trous des narines qui discerneraient voluptueusement les jouissances.

 

8

Ce qui s’oppose s’accorde et à partir des contraires s’articulent les meilleurs assemblages (comme, par exemple, celui de l’aveugle et du paralytique de la fable).

 

9

Sont différentes la jouissance du cheval, du chien et de l’homme. Les ânes très justement préfèrent la paille à l’or.

 

10

Ps. – Aristote, Traité du monde, 5, 396 b 20-22 (p. 76 Lorimer) :

συνάψιες ὅλα καὶ οὐχ ὅλα, συμφερόμενον διαφερόμενον, συνᾷδον διᾷδον, καὶ ἐκ πάντων ἓν καὶ ἐξ ἑνὸς πάντα.

 

11

Ps. – Aristote, Traité du monde, 6, 401 a 10-11 (p. 98 Lorimer) :

πᾶν ἑρπετὸν την γῇν νέμεται

 

12

Arius Didyme dans Eusèbe, Préparation évangélique, XV, 20, 2 (II, p. 384 Mras = Dox., 471, 4-5 = SVF, I, n° 141 et 519) !

ποταμοῖσι τοῖσιν αὐτοῖσιν ἐμϐαίνουσιν ἕτερα καὶ ἕτερα ὕδατα ἐπιρρεῖ· καὶ ψυχαι, δε απο των υγρων αναθυμιωνται.

 

10

La jouissance est le vide  par quoi se forment les nœuds et les différents nouages, simples ou complexes, alternés ou non alternés, Les nœuds cernent la jouissance et la jouissance les anime  (les nœuds topologiques se ferment sur eux-mêmes parce qu’ils relèvent d’une ligne toujours en mouvement, c’est-à-dire infinie, contrairement aux nœuds ordinaires).

 

11

Tous ceux qui désirent et rampent comme du bétail reçoivent des coups.

 

12

Les fleuves, comme la jouissance en mouvement, ne sont jamais les mêmes. Ils roulent toujours avec d’autres et autres eaux sans cesser d’être contradictoirement eux-mêmes.

 

13

Texte reconstitué (d’après Athénée, V, 178 f, et Clément, Str., I, 1, 2, 2, Protr., X, 92, 4) :

ὕες βορϐόρῳ μαλλον χαίρουσιν ὴ καθαρω ὕδατι

 

14

Clément d’Alexandrie, Protreptique, 22, 2 (I, p. 16 Stählin) :

νυκτιπόλοι μάγοι, βάκχοι, λήναι, μύσται (rajouter le texte grec de Munier)·τὰ νομιζόμενα κατ᾽ ἀνθρώπους μυστήρια ἀνιερωστὶ μυοῦνται.

 

15

Clément d’Alexandrie, Protreptique, 34, 5 (I, p. 26 Stählin) :

εἰ μὴ Διονύσῳ πομπὴν ἐποιοῦντο καὶ ὕμνεον ᾆσμα αἰδοίοισιν, ἀναιδέστατα εἴργασται· ὡυτὸς δὲ Ἀίδης καὶ Διόνυσος, ὅτεῳ μαίνονται καὶ ληναΐζουσιν.

 

13

Les cochons, à juste titre, jouissent et sont à l’aise dans la boue.

 

14

Tout ce que proposent les mages, les ménades,  et autres prêtres persans, relève de l’imposture. Ces errants subiront des châtiments terribles après leur mort. Car la séparation qu’ils enseignent entre le Bien et le Mal, est fondamentalement fausse. (Ils croient que Bien et Mal sont différents et ils ne savent se servir ni de l’un ni de l’aute).

 

15

Ce n’est pas seulement pour Dionysos, le dieu du bonheur, que les humains dans leurs fêtes et processions exhibent des phallus en bois de figuier et chantent des hymnes aux parties honteuses. Car sinon ils seraient outrageusement impudiques, mais, c’est également pour Hadès, le dieu de la mort. Car la jouissance détruit les choses comme le fait la mort pour savourer leur quintessence jusqu’à l’ivresse. C’est donc tout à la fois pour Hadès et Dionysos que les fêtes humaines célèbrent la jouissance.

16

Clément d’Alexandrie, Le Pédagogue, II, 99, 5 (I, p. 216 Stählin) :

τὸ μὴ δῦνόν ποτε πῶς ἄν τις λάθοι;

 

17

Clément d’Alexandrie, Stromates, II, 8, 1 (II, p. 117 Stählin) :

οὐ φρονέουσι τοιαῦτα πολλοί ὁκοίοις ἐγκυρεουσιν, οὐδὲ μαθόντες γινώσκουσιν, ἑωυτοῖσι δὲ δοκέουσι.

 

18

Clément d’Alexandrie, Stromates, II, 17, 4 (II, p. 121 Stählin) :

ἐὰν μὴ ἔλπηται ἀνέλπιστον, οὐκ ἐξευρήσει, ἀνεξερεύνητον ἐὸν καὶ ἄπορον.

 

16

Etant vie et mort la jouissance jamais ne décline et rien  ne saurait s’y soustraire.

 

17

Beaucoup ne voient pas la jouissance qui est  sous leurs yeux, toujours à leur portée, Ils se contentent de l’imaginer, de la désirer et d’en rêver comme d’un plaisir impossible.

 

18

La jouissance est immédiate et absolue, mais pour le plaisir (le corps) elle est limitée, en ce qui concerne le désir, qui désire ce qu’il n’a pas, elle reste hors de quête et sans accès.

 

19

Clément d’Alexandrie, Stromates, II, 24, 4 (II, p. 126 Stählin) :

ἀκοῦσαι οὐκ ἐπιστάμενοι οὐδ᾽ εἰπεῖν.

 

20

Clément d’Alexandrie, Stromates, III, 14, I (II, p. 201 Stählin) :

γενόμενοι ζώειν ἐθέλουσι μόρους τ᾽ἔχειν, μᾶλλον δὲ ἀναπαύεσθαι, καὶ παῖδας καταλείπουσι μόρους γενέσθαι.

 

21

Clément d’Alexandrie, Stromates, III, 21, 1 (II, p. 205 Stählin) :

θάνατός ἐστιν ὁκόσα ἐγερθέντες ὁρέομεν, ὁκόσα δὲ εὕδοντες ὕπνος.

 

19

La jouissance est là mais certains ne savent ni la voir,  ni l’entendre.

 

20

La plupart des humains, dès qu’ils pensent, dénigrent la jouissance en prétextant qu’elle n’a pas de sens. Heureusement, ils font des enfants qui les contredisent.

 

21

Pour la jouissance la mort est de l’ordre de l’Eveil et  pour le désir, elle appartient à la sombre dimension du Sommeil.

 

22

Clément d’Alexandrie, Stromates, IV, 4, 2 (II, p. 249 Stählin) :

χρυσὸν οἱ διζήμενοι γῆν πολλὴν ὀρύσσουσι καὶ εὑρίσκουσιν ὀλίγον.

 

23

Clément d’Alexandrie, Stromates, IV, 10, 1 (II, p. 252 Stählin) :

Δίκης ὄνομα οὐκ ἂν ᾔδεσαν, εἰ ταῦτα μὴ ἦν.

 

24

Clément d’Alexandrie, Stromates, IV, 16, 1 (II, p. 255 Stählin) :

ἀρηιφάτους θεοὶ τιμῶσι καὶ ἄνθρωποι.

 

22

Envoutés par le désir les chercheurs d’or remuent beaucoup de terre et trouvent peu.

 

23

Les humains ignoreraient jusqu’au mot justice s’il  n’y avait pas d’injustices (Car la justice étant contradictoire est seule capable de trancher opportunément sans être soumise à la dichotomie de l’un ou l’autre des contraires)

 

24

La jouissance est un combat, une pulsation. Ce qui meurt dans ce combat est glorifié par les dieux, les hommes et la voix du vide sans laquelle il n’y aurait pas de pulsations.

 

25

Clément d’Alexandrie, Stromates, IV, 49, 3 (II, p. 271 Stählin) :

μόροι μέζονες μέζονας μοίρας λαγχάνουσι.

 

26

Clément d’Alexandrie, Stromates, IV, 141, 2 (II, p. 310 Stählin) :

ἄνθρωπος ἐν εὐφρόνῃ φάος ἅπτεται ἑαυτῷ ἀποθανών, ἀποσϐεσθείς ὄψεις, ζῶν δὲ ἅπτεται τεθνεῶτος εὕδων, ἀποσϐεσθεὶς ὄψεις, ἐγρηγορὼς ἅπτεται εὕδοντος.

 

27

Clément d’Alexandrie, Stromates, IV, 144, 3 (II, p. 312 Stählin) :

ἀνθρώπους μένει ἀποθανόντας ἅσσα οὐκ ἔλπονται οὐδὲ δοκέουσιν.

 

25

Pour la jouissance  plus grande les parts de mort, plus grandes les parts de vie.

 

26

Dans la nuit l’humain est à lui-même sa propre lumière. Voyant  que la jouissance est  dans la mort des désirs, il s’éveille. Mais quand il entretient les désirs, il rêve de jouissance et prolonge indéfiniment  son sommeil.

 

27

Après leur mort la jouissance des humains sera de beaucoup plus qu’ils n’espèrent et imaginent (car dans cette dimension il n’y a plus ni moi ni autre).

 

28

Clément d’Alexandrie, Stromates, V, 1, 9, 3 (II, p. 331 Stählin) :

δοκέοντα ὁ δοκιμώτατος γινώσκει, φυλάσσει· Δίκη κατὰ-λήψεται ψευδῶν τέκτονας καὶ μάρτυρας.

 

29

Clément d’Alexandrie, Stromates, V, 59, 5 (II, p. 366 Stählin) :

αἱρεῦνται ἓν ἀντὶ ἁπάντων οἱ ἄριστοι, κλέος ἀέναον θνητῶν, οἱ δὲ πολλοὶ κεκόρηνται ὅκωσπερ κτήνεα.

 

30

Clément d’Alexandrie, Stromates, V, 104, 2 (II, p. 296 Stählin) :

κόσμον τόνδε, τὸν αὐτὸν ἁπάντων, οὔτε τις θεῶν οὔτε ἀνθρώπων ἐποίησεν, ἀλλ᾽ ἦν ἀεὶ καὶ ἔστιν καὶ ἔσται, πῦρ ἀείζωον, ἁπτόμενον μέτρα καὶ ἀποσϐεννύμενον μέτρα.

 

28

Un tribunal impitoyable condamnera les fabricants de fausses jouissances (aussi innocents se prétendront-ils dans leur sournoiserie).

 

29

Aux faux-semblants les meilleurs préfèrent la jouissance de l’instant et sa gloire sans fin, mais la plupart des humains, grégaire comme du bétail, patientent et espèrent, en se nourrissant de simulacres.

 

30

Ce monde, commun à tous, aucun dieu ni aucun homme de l’a créé, mais il était, il est, et il sera  jouissance, ou feu toujours vivant, s’allumant et s’éteignant à son  propre rythme.

 

31

Clément d’Alexandrie, Stromates, V, 104, 3; 104, 5 (II, p. 396 Stählin) :

πυρὸς τροπαὶ· πρῶτον θάλασσα, θαλάσσης δὲ τὸ μὲν ἥμισυ γῆ, τὸ δὲ ἥμισυ πρηστήρ. ….. (γῆ) θάλασσα διαχέεται καὶ μετρέεται εἰς τὸν αὐτὸν λόγον ὁκοῖος πρόσθεν ἦν ἢ γενέσθαι γῆ.

 

32

Clément d’Alexandrie, Stromates, V, 115,1 (II, p. 404 Stählin) :

ἓν, τὸ σοφὸν μοῦνον λέγεσθαι οὐκ ἐθέλει καὶ ἐθέλει Ζηνὸς ὄνομα.

 

33

Clément d’Alexandrie, Stromates, V, 115,2 (II, p. 404 Stählin) :

νόμος καὶ βουλῇ πείθεσθαι ἑνός.

 

31

Métamorphoses de la jouissance et de la nature : D’abord mer, de la mer surgissent des parties terrestres et des parties volcaniques. Puis la terre se change en mer et la mer en cadence redevient terre.

 

32

L’Un : jouissance, seule sagesse, ne veut pas, et en même temps veut être, appelée seulement du nom de Zen. (Zen est l’infinitif présent de zao vivre et une déclinaison du nom Zeus).

 

33

La loi (νόμος) c’est aussi obéir au contradictoire, c’est-à-dire au Un, qui, comme la jouissance, est à la fois mort et vie, vérité et erreur, beauté  et laideur.

 

34

Clément d’Alexandrie, Stromates, V, 115, 3 (II, p. 404 Stählin) = Eusèbe, Préparation évangélique, XIII, 13, 42 (II, p. 216 Mras) :

ἀξύνετοι ἀκούσαντες κω¬φοῖσιν ἐοίκασι· φάτις αὐτοῖσιν μαρτυρεῖ παρεόντας ἀπεῖναι.

 

35

Clément d’Alexandrie, Stromates, V, 140,5 (II, p. 421 Stählin) :

χρὴ εὖ μάλα πολλῶν ἵστορας φιλοσόφους ἄνδρας εἶναι.

 

36

Clément d’Alexandrie, Stromates, VI, 17,2 (p. 435 Stählin) :

ψυχῇσιν θάνατος ὕδωρ γενέσθαι, ὕδατι δὲ θάνατος γῆν γενέσθαι, ἐκ γῆς δὲ ὕδωρ γίνεται, ἐξ ὕδατος δὲ ψυχή.

 

34

Ceux qui parlent de la jouissance sans la ressentir  sont des sourds C’est à eux que s’applique le dicton : présents ils sont absents.

 

35

Dans leur course aux savoirs les humains sont contraints d’apprendre et d’apprendre toujours plus de choses, ce qui les oblige  toujours à  refouler la jouissance.

 

36

Dans la nature la jouissance fait mourir le souffle et le transforme en eau, et l’eau se meurt en devenant terre, mais de la terre renaît l’eau, puis de l’eau renaît le souffle et  de la respiration,  la jouissance.

 

37

Columelle, Rei rusticae libri, VIII, 4, 4 (p. 16 Ake Josephson) :

Si modo credimus Ephesio Heracleto qui ait sues caeno  , cohortales aves pulvere vel cinere lavari.

 

38

Diogène Laërce, Vies des philosophes, I, 23 (p. 9 Long) :

πρῶτος ἀστρολογῆσαι

 

39

Diogène Laërce, Vies des philosophes, I, 88 (p. 39 Long) :

ἐν Πριήνῃ Βίας ἐγένετο ὁ Τευτάμεω, οὗ πλέιων λόγος ἢ τῶν ἄλλων.

 

37

Les porcs légitimement se lavent et jouissent dans la boue comme les volailles dans la poussière et la cendre.

 

38

Thalès fut le premier astronome, (dégagé  des religions et de la magie, à comprendre les champs magnétiques et faire jouir les étoiles).

 

39

A Priène vécut Bias, fils de Teutamès, qui savait entrer dans son cercueil comme dans les plus hautes fonctions. (Bias était un penseur, avocat, homme d’état  que l’on compte parmi  les « sept sages de la Grèce antique»).

40

Diogène Laërce, Vies des philosophes, IX, 1 (p. 437 Long) :

πολυμαθίη νόον οὐ διδάσκει· Ἡσίοδον γὰρ ἂν ἐδίδαξε καὶ Πυθαγόρην αὖτις τε Ξενοφάνεά (τε) καὶ Ἑκαταῖον.

 

41

Diogène Laërce, Vies des philosophes, IX, 1 (p. 437 Long) :

ἓν τὸ σοφόν· ἐπίστασθαι γνώμην (ὁτέη) κυϐέρνησαι πάντα διὰ πάντων.

 

42

Diogène Laërce, Vies des philosophes, IX, 1 (p. 437 Long) :

Ὅμηρον ἄξιον ἐκ τῶν ἀγώνων ἐκϐάλλεσθαι καὶ ῥαπίζεσθαι καὶ Ἀρχίλοχον ὁμοίως.

 

40

La jouissance ne dépend ni de l’étendue ni de la variété des connaissances, sinon elle serait l’exclusivité de Pythagore, d’Hésiode, de Xénophane ou d’Hécatée.

 

41

La sagesse consiste en une seule chose : savoir que la jouissance gouverne et pénètre  toutes choses sans le moyen d’aucune chose.

 

42

Dans la mesure où ils transforment la jouissance en des situations répétitives et des personnages figés, Homère et Archiloque méritent d’être chassés de toutes les Compétitions (ἀγώνων) et bastonnés.

 

43

Diogène Laërce, Vies des philosophes, IX, 2 (p. 437 Long) :

ὕϐριν χρὴ σϐεννύναι μᾶλλον ἢ πυρκαϊήν

 

44

Diogène Laërce, Vies des philosophes, IX, 2 (p. 437 Long) :

μάχεσθαι χρὴ τὸν δῆμον ὑπὲρ τοῦ νόμου ὑπὲρ τοῦ γινομένου ὅκωσπερ τείχεος.

 

45

Diogène Laërce, Vies des philosophes, IX, 7 (II, p. 440 Long) :

ψυχῆς πείρατα οὐκ ἂν ἐξεύροιο, πᾶσα ἐπιπορευόμενος ὁδόν· οὕτω βαθὺν λόγον ἔχει.

 

43

Concernant  la jouissance il faut éteindre les désirs et les plaisirs  plus que des incendies.

 

44

Il convient que nos pulsions combattent pour la jouissance comme pour ses remparts.

 

45

Tu ne trouveras jamais les limites du souffle vital (psyché), même en parcourant toutes les routes, car la béatitude de sa  jouissance est infinie.

 

46

Diogène Laërce, Vies des philosophes, IX, 7 (p. 440 Long) :

τήν τ’οἴησιν ἱερὰν νόσον ἔλεγε καὶ τὴν ὅρασιν ψεύδεσθαι.

 

47

Diogène Laërce, Vies des philosophes, IX, 73 (p. 476 Long) :

μὴ εἰκῆ περὶ τῶν μεγίστων συμϐαλλώμεθα.

 

48

Etymologicum Magnum, s.v.  βίος (p. 198, 26 Gaisford) :

τῷ τόξῳ ὄνομα βίος∙ ἔργον δὲ θάνατος.

 

46

La jouissance appelle les désirs contorsions hystériques et les points de vue tromperies.

 

47

Ne faisons pas de vagues conjectures là où il n’y a pas de verbe.

 

48

L’arc (Bios) a phonétiquement le nom de vie (Bios) mais son œuvre est la mort. Cependant la jouissance est un arc (Bios) dont l’œuvre est la vie (Bios). (Les flèches tirées par l’arc d’Artémis comme par celui  d’Apollon, avaient le pouvoir de ressusciter les morts).

 

49

Théodore Prodrome, Lettres, I (Patr. Gr., 133, col. 1240 Migne) :

εἷς ἐμοὶ μύριοι, ἐὰν ἄριστος ᾖ.

 

 

49a

Héraclite le rhéteur, Allégories d’Homère, 24 (p. 30 Buffière) :

ποταμοῖς τοῖς αὐτοῖς ἐμϐαίνομέν τε καὶ οὐκ ἐμϐαίνομεν, εἶμέν τε καὶ οὐκ εἶμεν.

 

50

Hippolyte, Réfutation des toutes les hérésies, IX, 9, 1 (p.241 Wendland) :

οὐκ ἐμοῦ ἀλλὰ τοῦ λόγου ἀκού¬σαντας ὁμολογεῖν σο¬φόν ἐστιν ἓν πάντα εἶναί.

 

49

Un seul  en vaut pour moi dix mille s’il est le meilleur. (Dix mille ou dix milliards. Ce qui conteste l’humanisme du plus grand nombre qui dénie la jouissance de chacun en faveur de l’uniformisation et de la multiplication des consommateurs. Ce qui finalement détruit la nature.).

 

49 a

Nous entrons et n’entrons pas dans les mêmes fleuves, nous sommes et ne sommes pas.

 

50

Il est sage que ceux qui ont entendu, non moi, mais la jouissance, conviennent, qu’en même temps, il est vrai et il est faux que tout est Un (c’est-à-dire que le faux est en même temps le vrai, le mal est en même temps le bien, le laid est en même temps le beau. Pythagore lui-même disait du « un » que ce n’était pas un nombre comme les autres, qu’il était hermaphrodite, ni pair, ni impair; à savoir qu’il  participait des deux).

 

51

Hippolyte, Réfutation des toutes les hérésies, IX, 9, 2 (p.241 Wendland) :

οὐ ξυνιᾶσιν ὅκως διαφερόμενον ἑωυτῷ ὁμολογέει· παλίν-τροπος ἁρμονίη ὅκωσπερ τόξου καὶ λύρης.

 

 

52

Hippolyte, Réfutation des toutes les hérésies, IX, 9, 4 (p.242 Wendland) :

αἰὼν παῖς ἐστι παίζων πεσσεύων·  παιδὸς ἡ βασιληίη.

 

53

Hippolyte, Réfutation des toutes les hérésies, IX, 9, 4 (p.241 Wendland) :

Πόλεμος πάντων μὲν πατήρ ἐστι, πάντων δὲ βασιλεύς, καὶ τοὺς μὲν θεοὺς ἔδειξε τοὺς δὲ ἀνθρώπους, τοὺς μὲν δούλους ἐποίησε τοὺς δὲ ἐλευθέρους.

 

51

Ils ne saisissent pas la pulsation qu’est la jouissance, ni comment ce qui s’oppose s’accorde, ni comment s’ajustent les mouvements contraires même quand ils se servent de la corde d’un arc ou de celles d’une lyre (ou de leurs cordes vocales).

 

52

Le temps est un enfant qui joue aux dés. La jouissance est la royauté d’un enfant.

 

53

 La guerre est le père de toutes choses : des uns elle fait des dieux et d’autres des bêtes, des uns elle fait des esclaves, et d’autres des affranchis. (C’est que toute monstration des choses nécessite l’opposition simultanée des contraires. Sans la guerre ce que les humains appelle la paix ne serait que monotonie et ennui Tandis que la jouissance, qui est attraction et étreinte, agit, comme la paix véritable, de manière invisible  et réelle, le contraire de ce qui ne fait qu’apparaître).

 

54

Hippolyte, Réfutation des toutes les hérésies, IX, 9, 5 (p.242 Wendland) :

ἁρμονίη ἀφανὴς φανερῆς κρείττων.

 

55

Hippolyte, Réfutation des toutes les hérésies, IX, 9, 5 (p.242, 14 Wendland) et IX, 10, 1 (p. 242, 25 W.) :

ὅσων ὄψις ἀκοὴ μάθησις, ταῦτα ἐγὼ προτιμέω.

 

56

Hippolyte, Réfutation des toutes les hérésies, IX, 9, 6 (p.242 Wendland) :

ἐξηπάτηνται οἱ ἄνθρωποι πρὸς τὴν γνῶσιν τῶν φανερῶν παραπλησίως Ὁμήρῳ, ὃς ἐγένετο τῶν Ἑλλήνων σοφώτερος πάντων. ἐκεῖνόν τε γὰρ παῖδες φθεῖρας κατακτείνοντες ἐξηπάτησαν εἰπόντες· ὅσα εἴδομεν καὶ κατἐλάϐομεν, ταῦτα ἀπολείπομεν, ὅσα δὲ οὔτε εἴδομεν οὔτ᾽ἐλάϐομεν, ταῦτα φέρομεν.

 

54

La jouissance invisible est plus intense que la jouissance apparente.

 

55

Concernant la jouissance moi je fais cas de tout ce d’autres peuvent me faire voir, entendre et apprendre.

 

56

Parce qu’elle est contradictoire les hommes se trompent sur la jouissance à la manière dont Homère, pourtant le plus subtil de tous les Grecs, fut abusé par des enfants qui tuaient des poux : « Ceux que nous avons pris, expliquaient-ils, nous les avons laissés et ceux que nous n’avons ni vus ni pris nous les avons emportés » (Ce qui est pris est mort et ce qui n’est pas pris, ce qui passe à travers les difficultés, est vivant. Ainsi la jouissance est-elle  mort et vie).

 

57

Hippolyte, Réfutation des toutes les hérésies, IX, 10, 2 (p.243 Wendland) :

διδάσκαλος δὲ πλείστων Ἡσίοδος· τοῦτον ἐπίστανται πλεῖστα εἰδέναι, ὅστις ἡμέρην καὶ εὐφρόνην οὐκ ἐγίνωσκεν· ἔστι γὰρ ἕν.

 

58

Hippolyte, Réfutation des toutes les hérésies, IX, 10, 3 (p.243 Wendland) :

οἱ ἰατροί, τέμ¬νοντες, καίοντες, πάντῃ βασανίζοντες κακῶς τοὺς ἀρρωστοῦντας, ἐπαιτέονται μηδὲν’ ἄξιοι μισθὸν λαμ-ϐάνειν παρὰ τῶν ἀρρωστούντων, ταὐτὰ ἐργαζό¬μενοι.

 

59

Hippolyte, Réfutation des toutes les hérésies, IX, 10, 4 (p.243 Wendland) :

γναφείῳ ὁδὸς εὐθεῖα καὶ σκολιὴ μία ἐστί καὶ ἡ αὐτή.

 

57

Parce qu’il est renommé pour ses commentaires on croit qu’Hésiode en sait plus que les autres sur la jouissance. Mais Hésiode, qui différencie le jour et la nuit, ignore que la jouissance est par-delà les contraires, étant à la fois jour et  nuit.

58

Bien et mal ne sont qu’Un pour la jouissance. C’est pourquoi les médecins qui taillent, brûlent et tourmentent cruellement les malades ne devraient jamais réclamer d’honoraires car, le mal qu’ils font n’est pas différents de celui que nous infligent les maladies.

 

59

Pour la jouissance, comme pour la vis du pressoir, la route est à la fois droite et courbe.

 

60

Hippolyte, Réfutation des toutes les hérésies, IX, 10, 4 (p.243 Wendland) :

ὁδὸς ἄνω κάτω μία καὶ ὡυτή.

 

61

Hippolyte, Réfutation des toutes les hérésies, IX, 10, 5 (p.243 Wendland) :

θάλασσα, ὕδωρ καθαρώτατον καὶ μιαρώτατον, ἰχθύσι μὲν πότιμον καὶ σωτήριον, ἀνθρώποις δὲ ἄποτον καὶ ὀλέθριον.

 

62

Hippolyte, Réfutation des toutes les hérésies, IX, 10, 4 (p.243 Wendland) :

ἀθάνατοι θνητοί, θνητοὶ ἀθάνατοι, ζῶντες τὸν ἐκείνων θάνατον, τὸν δὲ ἐκείνων βίον τεθνεῶτες.

 

60

Concernant la jouissance la route qui monte et qui descend est une et la même.

 

61

La jouissance est comme la mer, à la fois pure et impure. Pour les poissons elle est buvable et cause de vie, et pour d’autres, un poison.

 

62

La jouissance est à la fois immortelle et mortelle et mortelle et immortelle, car elle fait mourir les choses et donne  la vie.

 

63

Hippolyte, Réfutation des toutes les hérésies, IX, 10, 6 (p.243 Wendland)

ἔνθα δ᾽ἐόντι ἐπανίστασθαι καὶ φύλακας γίνεσθαι ἐγερτὶ ζώντων καὶ νεκρῶν.

 

64

Hippolyte, Réfutation des toutes les hérésies, IX, 10, 7 (p.243 Wendland) :

τὰ δὲ πὰντα οἰακίζει κεραυνός.

 

65

Hippolyte, Réfutation des toutes les hérésies, IX, 10, 7 (p.243 Wendland) :

χρησμοσύνην καὶ κόρος.

 

63

Rencontrant la jouissance, on se lève et on devient pareil à la voix du vide, gardienne des vivants et des morts.

 

64

La jouissance, comme la foudre, emporte l’univers.

 

65

Comme le feu, la jouissance est à la fois besoin et satiété. L’ordre est  besoin, la satiété illumination.

C

66

Hippolyte, Réfutation des toutes les hérésies, IX, 10, 7 (p.244 Wendland) :

πάντα τὸ πῦρ ἐπελθὸν κρινεῖ καὶ καταλήψεται.

 

67

Hippolyte, Réfutation des toutes les hérésies, IX, 10, 8 (p.244 Wen land) :

ὁ θεὸς ἡμέρη εὐφρόνη, χειμὼν θέρος, πόλεμος εἰρήνη, κόρος λιμός, ἀλλοιοῦται δὲ ὅκωσπερ (πῦρ), ὁπόταν συμμιγῇ θυώμασιν ὀνομάζεται καθ΄ ἡδονὴν ἑκάστου.

 

67a

Hisdosus Scholasticus, Sur l’âme du monde, ad Chalcidius, tra. du Timée, 34b s. (cod. Par. Lat., 8624, f. 17, 18 s.) :

ita vitalis calor a sole procedens omnibus quae vivunt vitam subministrat. cui sententiae Heraclitus adquiescens optimam similitudinem dat de aranea ad animam, de tela araneae ad corpus, sic(ut) aranea, ait, stans in medio telae sentit, quam cito musca aliquem filum suum corrumpit itaque illuc celeriter currit quasi de fili persectione dolens, sic hominis anima aliqua parte corporis laesa illuc festine meat quasi impatiens laesionis corporis, cui firme et proportionaliter iuncta est.

 

66

Comme le feu, la jouissance surgit, juge et s’empare de tout.

 

67

La jouissance est à la fois jour et nuit, hiver et été, guerre et paix, faim et satiété. On l’appelle comme le feu qui, lorsqu’il est mélangé d’aromates, est désigné selon l’arôme de chacun.

 

67 a

La jouissance est le souffle vital. Comme l’araignée (animal à huit pattes comme le scorpion, la pieuvre, comme tout sentier octuple ou les huit directions de l’espace) postée au centre de sa toile et  sentant qu’une mouche accroche un de ses fils y accourt aussitôt, pour s’emparer de l’insecte et réparer la rupture du fil, de la même manière, le souffle vital se précipite sur la partie du corps de l’humain qui se trouve blessé pour la réparer et aussitôt rétablir les pulsations de la jouissance.

 

68

Jamblique, Les mystères d’Egypte, I, 11 (p. 62 Des places) :

… ἄκεα.

 

 

69

Jamblique, Les mystères d’Egypte, V, 15 (p. 170 Des places) :

τὰ μὲν τῶν ἀποκεκαθαρμένων παντάπασιν ἀνθρώπων, οἷα ἐφ΄ ἑνὸς ἄν ποτε γένοιτο σπανίως, ὥς φησιν Ἡ., ἤ τινων ὀλίγων εὐαριθμήτων ἀνδρῶν

 

70

Jamblique, De l’âme, dans Stobée, Anthologie, II, 1, 16 (II, p. 6 Wachsmuth) :

παίδων ἀθύρματα, τὰ ἀνθρώπινα δοξάσματα.

 

68

Les phallophories (les processions de phallus en l’honneur de Dionysos et autres chants érotiques) sont des remèdes (des catharsis) pour ceux qui sont traumatisés par  le refoulement de leur jouissance.

 

69 ‘

Peu d’hommes, et faciles à compter, sont capables de ressentir  une jouissance  sans objet .

 

 

70

Les identifications humaines sont pareilles à des jeux d’enfants.

 

71

Marc Aurèle, Pensées, IV, 46 (I, p. 68 Farquharson) :

(μεμνῆσθαι δὲ καὶ) τοῦ ἐπιλανθανομένου ᾗ ἡ ὁδὸς ἄγει.

 

72

Marc Aurèle, Pensées, IV, 46 (I, p. 68 Farquharson) :

ᾧ μάλιστα διηνεκῶς ὁμιλοῦσι, τούτῳ διὰφέρονται, καὶ οἷς καθ΄ ἡμέραν ἐγκυροῦσι, ταῦτα αὐτοῖς ξένα φαίνεται.

 

73

Marc Aurèle, Pensées, IV, 46 (I, p. 70 Farquharson) :

οὐ δεῖ ὥσπερ καθεύδοντας ποιεῖν καὶ λέγειν.

 

71

Nul n’est oublié par la jouissance, si perdu soit-il  (dans les labyrinthes du temps, de l’espace ou de la matière).

 

72

La jouissance, pour laquelle les humains ont pourtant le plus étroit commerce, ils la refoulent, et  tout ce qu’ils rencontrent alors dans leur vie, leur paraît  néfaste et incompréhensible

 

73

Pour les non-éveillés la jouissance reste un songe.

 

74

Marc Aurèle, Pensées, IV, 46 (I, p. 70 Farquharson) :

οὐ δεῖ (ὡς) παῖδας τοκεών.

 

75

Marc Aurèle, Pensées, IV, 42 (I, p. 114 Farquharson) :

τοὺς καθεύδοντας ἐργάτας εἶναι καὶ συνεργοὺς τῶν ἐν τῷ κόσμῳ γινομένων.

 

76

Marc Aurèle, Pensées, IV, 46 (I, p. 68 Farquharson) :

γῆς θάνατος ὕδωρ γενέσθαι καὶ ὕδατος θάνατος ἀέρα γενέσθαι καὶ ἀέρος πῦρ καὶ ἔμπαλιν.

 

74

Concernant la jouissance il ne faut pas se conduire comme des enfants obéissant à leurs parents c’est-à-dire, en termes simples, comme il nous a été transmis.

 

75

Les endormis sont les artisans et les complices des fausses jouissances qui circulent à travers les mondes.

 

76

La jouissance est comme le feu qui dans la nature vit la mort de la terre, et le souffle, qui vit la mort du feu, et l’eau, qui vit la mort de l’air, et la terre, qui vit la mort de l’eau, et la mort de l’eau qui engendre l’air, et la mort de l’air  qui engendre le feu.

 

77

Numénius, fr. 30 Des Places (ap. Porphyre, L’antre des nymphes de l’Odyssée, 10, p. 63 Nauck) :

ψυχῇσι τέρψιν ἢ θάνατον ὑγρῇσι γενέσθαιν

 

78

Celse dans Origène, Contre Celse, VI, 12 (p. 208 Borret) :

ἦθος ἀνθρώπειον μὲν οὐκ ἔχει γνώμας, θεῖον δὲ ἔχει.

 

79

Celse dans Origène, Contre Celse, VI, 12 (p. 208 Borret)

ἀνὴρ νήπιος ἤκουσε πρὸς δαίμονος ὅκωσπερ παῖς πρὸς ἀνδρός.

 

77

La jouissance est à la fois vie et mort. Elle vit la mort des choses et l’impermanence des choses l’engendre.

 

78

Il n’y a pas de meilleures voies pour la jouissance que les transgressions.

 

79

L’humain est sans parole devant  la jouissance,  comme un enfant face un adulte.

 

80

Celse dans Origène, Contre Celse, VI, 42 (p. 278 Borret) :

εἰδέναι χρὴ τὸν πόλεμον ἐόντα ξυνόν, καὶ δίκην ἔριν, καὶ γινόμενα πάντα κατ΄ ἔριν καὶ χρεώμενα.

 

81

Diogène de Babylone, dans Philodème, Rhétorique I, col. LVII et LXII (I, p. 351 et 354 Sudhaus = Diog. Babyl. n° 105, Arnim., St. Vet. Frag., vol. III) :

… κοπίδων ἀρχηχός.

 

82

Platon, Hippias Majeur, 289 a :

πιθήκων ὁ κάλλιστος αἰσχρὸς.

 

80

(Pour savourer vraiment la jouissance il faut voir aussi que) la guerre est universelle, la justice discorde et que tout est contradictoire (c’est-à-dire savoir se servir du système inconscient où le contradictoire est possible).

 

81

(La jouissance n’ayant  pas de règles) Les professeurs de rhétorique (les règles  du langage), sont  des charlatans.

 

82

Des singes, le plus beau est laid selon la raison (cependant que « ce qui est beau est laid », enseigne le contradictoire).

3+

 

 

83

Platon, Hippias Majeur, 289 b :

ἀνθρώπων ὁ σοφώτατος πρὸς θεὸν πίθηκος σοφίη.

 

84a

Plotin, Ennéades, IV, 8 (6), 1, 14 (IV, p. 216 Bréhier) :

μεταϐάλλον ἀναπαύεται

 

84b

Plotin, Ennéades, IV, 8 (6), 1, 14 (IV, p. 216 Bréhier) :

κάματός ἐστι τοῖς αὐτοῖς μοχθεῖν καὶ ἄρχεσθαι.

 

83

Le plus savant des hommes est comme un singe devant la jouissance, c’est-à-dire un imitateur, en ce qui concerne la beauté et tout le reste.

 

84 a

C’est dans l’impermanence  que la jouissance se repose.

 

84 b

Sans la jouissance il serait fatiguant de répéter les mêmes choses et d’obéir aux mêmes principes.

 

85

Aristote, Ethique à Eudème, II, 7, 1223 b 23 :

χαλεπόν θυμῷ μάχεσθαι· ψυχῆς γὰρ ὠνεῖται.

 

 

86

Plutarque, Vie de Coriolan, 38 (p. 216 Flacière-Chambry) = Clément d’Alexandrie, Stromates, V, 88, 5 (II, p. 384 Stählin) :

ἀπιστίῃ διαφυγγάνει μὴ γιγνώσκεσθαι.

 

87

Plutarque, Comment le jeune homme doit écouter les poètes, 9, 28 d (p. 148 Babbitt) :

βλὰξ ἄνθρωπος ἐπὶ παντὶ λόγῳ φιλεῖ ἐπτοῆσθαι.

 

85

Il est difficile de combattre le désir (θυμῷ) parce que  ce qu’il veut il l’achète et l’emporte, quitte à sacrifier la jouissance. (ψυχῆς). (Le désir, par définition, désire ce qu’il n’a pas, ce qui engendre le plus souvent la violence, la destruction, la mort, refoulement et production de souffrance).

 

86

Le mouvement qu’est la jouissance se dérobe à toute définition rationnelle.

 

87

Au moindre mot sur sa jouissance le sot s’effarouche.

 

88

Plutarque, Consolation à Apollonios, 10, 106 e (p. 93 Hani) :

ταὐτό τ΄ ἔνι ζῶν καὶ τεθνηκὸς καὶ τὸ ἐγρηγορὸς καὶ τὸ καθεῦδον καὶ νέον καὶ γηραιόν· τάδε γὰρ μετὰπεσόντα ἐκεῖνά ἐστι κἀκεῖνα πάλιν μεταπεσόντα ταῦτα.

 

89

Plutarque, De la superstition, 3, 166 c (p. 462 Paton-Babbitt) :

τοῖς ἐγρηγορόσιν ἕνα καὶ κοινὸν κόσμον εἶναι, τῶν δὲ κοιμωμένων ἕκαστον εἰς ἴδιον ἀποστρέφεσθαι.

 

90

Plutarque, Sur l’E de Delphes, 8, 388 de (p. 21 Flacelière) :

πυρός ἀνταμοιϐὴ τὰ πάντα, καὶ πῦρ ἁπάντων, ὅκωσπερ χρυσοῦ χρήματα καὶ χρημάτων χρυσός.

 

88

C’est le même le vivant et le mort, l’éveillé et l’endormi, le jeune et le vieux,  puisque par le mouvement ceci devient cela et cela, de nouveau ceci.

 

89

Pour les éveillés la jouissance est commune et évidente Mais pour les  endormis elle n’est qu’un songe étrange.

 

90

De la jouissance en échange de toutes choses, et de toutes choses, la jouissance comme l’or en échange des  marchandises et des marchandises, l’or.

 

91

Plutarque, Sur l’E de Delphes, 392 B (p. 30 Flacelière) :

ποταμῷ οὐκ ἔστιν ἐμϐῆναι δὶς τῷ αὐτῷ. οὐδὲ θνητῆς οὐσίας δὶς ἅφασθαι κατὰ ἕξιν· ἀλλ΄ ὀξύτητι καὶ τάχει μεταϐολῆς σκίδνησι καὶ πάλιν συνάγει  καὶ πρόσεισι καὶ ἄπεισι.

 

92

Plutarque, Sur les oracles de la Pythie, 397a :

Σίϐυλλα δὲ μαινομένῳ στόματι ἀγέλαστα καὶ ἀκαλλώπιστα καὶ ἀμύριστα φθεγγομένη χιλίων ἐτῶν ἐξικνεῖται τῇ φωνῇ διὰ τὸν θεόν.

 

93

Plutarque, Sur les oracles de la Pythie, 404d :

ὁ ἄναξ οὗ τὸ μαντεῖόν ἐστι τὸ ἐν Δελφοῖς, οὔτε λέγει οὔτε κρύπτει ἀλλὰ σημαίνει.

 

91

Dans la nature tout est toujours neuf pour la jouissance.  Ainsi, on ne peut entrer  deux fois dans le même fleuve ni toucher deux fois le même substance. Car la vivacité de la jouissance est telle qu’elle se rassemble et se disperse, toujours de nouveau, ou plutôt, ce n’est pas de nouveau et ensuite, mais en même temps qu’elle se forme et se meurt, qu’elle survient et disparaît, qu’elle arrive et s’en va. C’est pourquoi elle ne se pétrifie jamais dans quelque concept d’être.

 

92

Entends la jouissance dans les chants gracieux de Sapho qui séduisent et tiennent sous leur charme tous ceux qui les écoutent, mais entends la aussi dans les délires de la Sibylle, ni souriante, ni fardée ni parfumée, mais qui profère des mots qui franchissent les temps.

 

93

C’est pour la jouissance que le Maître des oracles, celui de Delphes (Apollon, le frère d’Artémis) ne parle ni ne cache, mais fait signe. (Un signe c’est ce qui s’interprète)

 

94

Plutarque, De l’exil, 11, 604a :

Ἥλιος γὰρ οὐχ ὑπερϐήσεται [τὰ] μέτρα· εἰ δὲ μή, Ἐρινύες μιν Δίκης ἐπίκουροι ἐξευρήσουσιν.

 

95

Plutarque, Propos de table, III, 1, 644f :

ἀμαθίην  ἄμεινον κρύπτειν.

 

96

Plutarque, Propos de table,IV, 4, 4, 669 a :

νέκυες κοπρίων ἐκϐλητότεροι.

 

94

(La jouissance est tel un trou qui précède ses bords. Elle les transforme mais ne les franchit pas) Elle est comme le soleil qui ne dépasse jamais ses bornes, sinon les Erinyes, auxiliaires de la justice, interviendraient sans bienveillance.

 

95

Pour plus de jouissance et de créativité, mieux vaut protéger son ignorance.

 

96

Pour la jouissance tout ce qui est statique ou répétitif n’est que cadavres et immondices.

 

97

Plutarque,  Si la politique est affaires de vieillards, 7, 787 c :

κύνες  καὶ βαΰζουσιν ὃν ἂν μὴ γινώσκωσι.

 

98

Plutarque, De facie in orbe lunae, 28, 943 e :

αἱ ψυχαὶ ὀσμῶνται καθ΄ Ἅιδην.

 

99

Plutarque, Sur la fortune, 3, 98 c et Quel est le plus utile, de l’eau ou du feu?, 7, 957 :

εἰ μὴ ἥλιος ἦν, ἕνεκα τῶν ἄλλων ἄστρων εὐφρόνη ἄν ἦν.

 

97

La jouissance est si dynamique qu’elle n’a pas de visage  Voilà pourquoi les chiens aboient contre ceux qu’ils ne reconnaissent pas.

 

98

La jouissance hume les odeurs, comme dans l’Hadès, (le royaume des morts,  car dans l’impermanence des choses tout n’est  en quelque sorte que  de la fumée).

 

99

S’il n’y avait plus le soleil, en dépit des autres astres, ce serait la nuit. (C’est comme  avec la jouissance, sans elle tout ne serait « qu’ab-sens »)

 

100

Plutarque, Questions platoniciennes, qu.VIII,4,1007 :

ὥρας αἳ πάντα φέρουσι

 

101

Plutarque, Contre Colotès, 20, 1118 c :

ἐδιζησάμην ἐμεωυτόν.

 

101a

Polybe, Histoires, XII, 27, 1 :

ὀφθαλμοὶ γὰρ τῶν ὤτων ἀκριϐέστεροι μάρτυρες.

 

100

La jouissance est  pareille aux  saisons, elles qui apportent tout.

 

101

Je me suis cherché moi-même et je n’ai trouvé personne, sinon une exquise jouissance.

 

101 a

Les yeux qui voient s’épanouir la jouissance sont des témoins plus exacts que les oreilles qui en ont seulement entendu parler.

 

102

Scholia Graeca in homeri Iliadem, ad librum Δ, 4 (I, 1969, p.445 H. Erbse) = Porphyre, quaestiones homericae ad Iliadem (fasc I, 1880, p. 69 H. Schrader :

τῷ μὲν θεῷ καλά πάντα καὶ ἀγαθὰ καὶ δὶκαια, ἄνθρωποι δὲ ἅ μὲν ἄδικα ὑπειλήφασιν ἃ δὲ δίκαια.

 

103

Porphyre, quaestiones homericae ad Iliadem Ξ (fasc II, 1882, p. 190 H. Schrader) :

ξυνὸν γὰρ ἀρχὴ καὶ πέρας ἐπὶ κύκλου περιφερείας

 

104

Proclus, Commentaire de l’Alcibiade, I (p.117 Westerink) :

τίς γὰρ αὐτῶν νόος ἢ φρήν; δήμων ἀοιδοῖσι πείθονται καὶ διδασκάλῳ χρείωνται ὁμίλῳ οὐκ εἰδότες ὅτι οἱ πολλοὶ κακοί, ὀλίγοι δὲ ἀγαθοί .

 

102

Dans la jouissance toutes les choses sont belles et justes alors qu’avec le savoir certaines sont tenues pour vraies et d’autres pour fausses.

 

103

Dans la jouissance  comme sur un cercle, indiscernables sont le commencement et la fin, le vrai et le faux, la beauté et la laideur.

 

104

Où va la raison des humains ? Ils suivent des chanteurs de rues et prennent pour valeur l’importance des attroupements. Ils ne savent pas que la jouissance est au-delà du principe de plaisir. (Pourvu que ce soit repris en chœur et que ça leur rappelle quelque chose, ils sont prêts à valoriser n’importe quoi).

 

105

Scholia Graeca in homeri Iliadem, ad librum Σ, 251 (II, p. 159 Dindorf; VI, o.255 Maass) :

ἀστρολόγον τὸν Ὅμὴρον.

 

106

Plutarque, Vie de Camille, 19, 3 (p. 173 Flacelière) :

(Ἡράκλειτος ἐπέπληξεν Ἡσιόδῳ τὰς μὲν ἀγαθὰς ποιουμένῳ, τὰς δὲ φαύλας, ὡς ἀγνοοῦντι) φύσιν ἡμέρας ἁπάσης μίαν οὖσαν.

 

107

SEXTUS EMPIRICUS, Contre les mathématiciens, VII, 126 (p. 31 Mutschmann) :

κακοὶ μάρτυρες ἀνθρώποισιν ὀφθαλμοὶ καὶ ὦτα βαρϐάρους ψυχὰς ἐχόντων.

 

105

Homère est astrologue. (Il divise les jouissances en douze signes dont aucun des douze ne connaît les onze autres).

 

106

Tous les jours sont d’une seule et même nature : la jouissance.

 

 

107

Mauvais témoins sont les yeux et les oreilles pour ceux, qui ne savent pas comprendre le langage des oiseaux : βαρϐάρους .

 

108

STOBEE, Anthologie, III, 1, 174 (III, p.129 Hense) :

ὁκόσων λόγους ἤκουσα,οὐδεὶς ἀφικνεῖται ἐς τοῦτο, ὥστε γινώσκειν ὅτι σοφόν ἐστι πάντων κεχωρισμένον.

 

109

STOBEE, Anthologie, III, 1, 174 (III, p.129 Hense) :

ἀχιϐασίην.

 

110

STOBEE, Anthologie, III, 1, 176 (III, p.129 Hense) :

ἀνθρώποις γίνεσθαι ὁκόσα θέλουσιν οὐκ ἄμεινον.

 

108

De tous les propos qui me sont parvenus aucun n’est allé jusqu’à reconnaître que la jouissance est  sans objet et à l’écart de tout.

 

109

La jouissance est contestée  (On la dit impossible comme le contradictoire).

 

110

Si les humains obtenaient ce qu’ils désirent, cela ne vaudrait pas mieux que s’il leur arrivait malheur.

 

111

STOBEE, Anthologie, III, 1, 177 (III, p.129 Hense) :

νοῦσος ὑγιείην ἐποίησεν ἡδὺ καὶ ἀγαθόν, λιμὸς κόρον, κάματος ἀνάπαυσιν.

 

112

STOBEE, Anthologie, III, 1, 178 (III, p.129 Hense) :

σωφρονεῖν ἀρετὴ μεγίστη, καὶ σοφίη ἀληθέα λέγειν καὶ ποιεῖν κατὰ φύσιν ἐπαΐοντας.

 

113

STOBEE, Anthologie, III, 1, 179 (III, p.129 Hense) :

ξυνόν ἐστι πᾶσι τὸ φρονέειν.

 

111

La maladie  fait la santé agréable et bonne, la faim rend la satiété bienfaisante, la fatigue magnifie le repos. (Les noms opposés s’attirent et les mêmes se repoussent.)

 

112

La pensée saine et sage, et la plus haute vertu, consistent à écouter la jouissance.

 

 

113

La jouissance est commune à tout

 

114

STOBEE, Anthologie, III, 1, 179 (III, p.129 Hense) :

ξὺν νόῳ λέγοντας ἰσχυρίζεσθαι χρὴ τῷ ξυνῷ πάντων, ὃκωσπερ νόμῳ πόλις, καὶ πολὺ ἰσχυροτέρως. τρέφονται γὰρ πάντες οἱ ἀνθρώπειοι νόμοι ὑπὸ ἑνὸς τοῦ θείου· κρατεῖ γὰρ τοσοῦτον ὁκόσον ἐθέλει καὶ ἐξαρκεῖ πᾶσι καὶ περὶγίνεται.

 

115

STOBEE, Anthologie, III, 1, 180 (III, p.130 Hense) :

ψυχῆς ἐστι λόγος ἑαυτὸν αὔξων.

 

116

STOBEE, Anthologie, III, 5, 6 (III, p.257 Hense) :

ἀνθρώποισι πᾶσι μέτεστι γινώσκειν ἑωυτοὺς καὶ φρονεῖν.

 

114

Ceux qui parlent avec intelligence prennent appui nécessairement sur ce qui est commun à tout : la jouissance,  encore plus fermement  que pour la loi de leur cité. C’est que toutes les lois humaines se nourrissent d’une seule, la jouissance, qui règne autant qu’elle veut, suffit à tout et sur tout l’emporte

 

115

A psyché (le souffle vital) appartient une jouissance qui s’accroît  et se nourrit d’elle-même

 

116

A tous les hommes est donné de connaître la jouissance et de se libérer de tout.

 

117

STOBEE, Anthologie, III, 5, 7 (III, p.257 Hense) :

ἀνὴρ ὁκόταν μεθυσθῇ, ἄγεται ὑπὸ παιδὸς ἀνήϐου σφαλλόμενος, οὐκ ἐπαΐων ὅκη βαίνει, ὑγρήντὴν ψυχὴς ἔχων.

 

118

MUSONIUS RUFUS, fr. XVIIIa, Sur la nourriture, p. 96, 9 Hense (Teubner, 1905), ap. STOBEE, Anthologie, III, 17, 42 (III, p. 505, 8 Hense) = STOBEE, III, 5, 8 (III, p.257 Hense) :

αὔγη ξηρὴ  ψυχὴ, σοφωτάτη καὶ ἀρίστη.

 

119

STOBEE, Anthologie, IV, 40, 23 (V, p. 925, Hense) :

ἦθος ἀνθρώπῳ δαίμων.

 

117

Quand un homme est ivre de jouissance il se conduit comme un enfant : Il va par-delà  les choses sans besoin de savoir où il va. Son souffle vital a la force et la souplesse de l’eau.

 

118

Le souffle vital peut être en même temps sec et humide. Comme  il est contradictoire il est le plus sage et le meilleur..

 

119

Au fond de l’homme la jouissance est anonyme.

 

120

Strabon, Géographie, I, 1, 6 (p. 68 Aujac) :

ἠοῦς καὶ ἑσπέρας τέρματα ἡ ἄρκτος καὶ ἀντίον τῆς ἄρκτου οὖρος αἰθρίου Διός.

 

121

Diogène Laërce, Vies des philosophes, IX, 2 (p. 437-438 Long) :

ἄξιον Ἐφεσίοις ἡϐηδὸν ἀπάγξασθαι πᾶσι καὶ τοῖς ἀνήϐοις τὴν πόλιν καταλιπεῖν, οἵτινες Ἑρμόδωρον ἄνδρα ἑωυτῶν ὀνήιστον ἐξέϐαλον φάντες· ἡμέων μηδὲ εἷς ὀνήιστος ἔστω, εἰ δὲ μή, ἄλλη τε καὶ μετ΄ἄλλων.

 

122

Sudas :

ἀγχιϐασίην

 

120

La jouissance domine les bornes de l’aurore et du soir, du soir et de l’aurore. Dans le ciel elle est comme la grande Ourse gardienne des frontières de Zen, la vie.

 

121

Les Ephésiens feraient mieux de se pendre tous et d’abandonner la ville aux enfants, eux qui ont chassé le penseur et poète Hermodore, le plus capable d’entre eux en disant : « que nul ne parle de la jouissance autrement que nous, ou alors qu’il aille le faire ailleurs ».

 

122

La jouissance  est contestée mais elle se trouve partout. (Dans le feu sacré de l’hestia, comme dans le feu des cuisines, ipnos).

 

123

Proclus, Commentaire sur la République, XVIe dissertation (II, p.107 Kroll) :

φύσις κρύπτεσθαι φιλεῖ.

 

124

Théophraste, Métaphysique, 15 (p.7 a 14 Usener = p.16 Ross-Fobes) :

ὥσπερ σάρμα εἰκῆ κεχυμένον ὁ κάλλιστος κόσμος.

 

125

Théophraste, Traité du vertige, 9 (III, p.138 Wimmer) :

καὶ ὁ κυκεὼν διίσταται (μὴ) κινούμενος.

 

123

La jouissance  aime à se cacher.

 

124

(Ce que je suis)  le  plus bel ordre du monde,  à savoir un  mélange d’ordures qui se déverse au hasard.

 

125

La jouissance est mouvement, même le Cycéon (soupe rituelle de céréales servie durant les mystères d’Eleusis consacrés à Cérès) se fige s’il n’est pas remué.

 

125a

Tzétzès, Commentaire de Plutus d’Aristophane, 90a (p. 31 Massa Positano) :

μὴ ἐπι¬λίποι ὑμᾶς πλοῦτος, Ἐφἑσιοι, ἵν΄ ἐξελέγχοισθε πονηρευόμενοι.

 

126

Tzétzès, Scholia ad exegesin in Iliadem, p. 126 Hermann :

ψυχρὰ θέρεται, θερμὰ ψύχεται, ὑγρὰ αὐαίνεται, καρφαλέὰ νοτίζεται.

 

132

Gnomologium Vaticanum e codice vaticano graeco 743, nn° 312 (p. 120 Sternbach-Luschnat) :

τιμαὶ θεοὺς καὶ ἀνθρώπους καταδουλοῦνται.

 

125 a

Que jamais l’argent ne vous manque, Ephésiens,  pour réaliser vos plaisirs, afin que nous puissions tous constater combien vos désirs et vos plaisirs vous conduisent de l’ennui à la souffrance et de la souffrance à l’ennui.

 

Le frid se  réchauffe le chaud, se refroidit, l’humide s’assèche et l’aride se mouille.

 

132

Les honneurs ordinaires  asservissent  la jouissance celle des meilleurs  comme celle des pires.

 

136

Scolie à Arrien, Entretiens d’Epictète, IV, 7, 27 (p. 422 Schenkl) :

ψυχαὶ ἀρηίφατοι καθερώπεραι ἢ ἐνὶ νούσοις.

 

137

Stobée, Anthologie, I, 5, 15 (I, p. 78 Wachsmuth = Diels, Dox., 322 b)

ἔστι γὰρ εἱμαρμένα πάντως .

 

138

Simplicius. Commentaire de la physique, Diels :

Πάντα ρεῖ

 

139

Platon Ceatyle,402a :

Πάντα χωρεῖ καὶ ούδἐν μένει

 

136

Le souffle vital qui se confronte à la mort avec Arès est plus fort que celui qui s’abandonne à la maladie.

 

137

Tout destin est à la mesure de sa jouissance.

 

138

Tout s’écoule en jouissance.

 

139

Devant la jouissance tout cède et rien ne tient bon (même pas la souffrance).

 

4ème couverture

Comment traduire «  logos » chez Héraclite ? Par «  parole » comme le veulent les dictionnaires ?  Mais « la parole est l’abîme » a montré Heidegger. Comment pourrait- on  si fier ?  Par « raison » comme le font les philosophes ? Mais la raison exclut le contradictoire que défend  Héraclite : «  Il est vrai et en même temps il est faux  de dire que tout est un » (fragment 50).  Les grands interprètes  d’Héraclite, dans leur exigence philologique de vérité,  font perdre avec leurs traductions savantes et sophistiquées la dimension érotique des fragments..

Guy Massat, psychanalyste, propose dans cet essai de traduire « logos » par jouissance, au sens où Lacan  distingue la jouissance du plaisir et du désir. « Logos » est à déchiffrer ici  non pas  en tant que sens mais en tant que « jouissance » ou  «  jouis sens »,  « à entendre comme vous voudrez conformément à l’équivoque qui fait la loi du signifiant ».  Il en va de même pour « théos », dieu, « oinos », un et « pur », le feu qui  ne serait chacun que des métaphores de la motion de jouissance. .La jouissance héraclitéenne est un vide dynamique, sans fond ni rien de sacré.. De quoi nous libérer des pétrifications mentales auxquelles nous condamne la « méduse-raison », mais,  pour  mieux l’utiliser. C’est aussi décisif que le bouclier d’Athéna — poli comme un miroir– qui permit à Persée de tuer la Méduse de la mythologie, et qui figure désormais sur le bouclier de la déesse aux yeux pers. Prolégomènes nécessaires  à tout « transhumanisme », la motion de jouissance accepte le « créationnisme » dans la mesure même où tout est interprétation , c’est-à-dire échange, ainsi que le soutient Héraclite : « la taille du soleil à la largeur d’un pied d’homme »

 

 

Le clitoris d’Héra

Les 139 fragments exquis d’Héraclite d’Ephèse

Guy MASSAT


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    Les 139 fragments d’Héraclite Revisités par la psychanalyse HERAKLEITOS SON SEUL SUJET, C’EST « Héra, la magnifique » Une des fonctions bien […]


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