Cercle Psychanalytique de Paris

 

Le troisième cerveau : le cerveau anti-douleur

Guy Massat

 

LE TROISIEME CERVEAU

Est

LE VERITABLE CERVEAU ANTI-DOULEUR ET ANTI-DEPRIME

 Noeud Cerveau antidouleur

 

 L’inconscient est notre « troisième cerveau ». On y accède pratiquement par le trou du sexe. (Le premier cerveau est dans le crâne, le second dans l’estomac). Ce « troisième cerveau » est un univers autonome et dynamique, fabuleux, étonnant, merveilleux où  tout ce qui est impossible dans la réalité, y est possible. Les mots, les choses, les images y expriment leur plus de jouir dans des ensembles infinis d’infinis. Le dire y est le maître, il est performatif sans aucune condition. Dire, c’est faire et sait agir. C’est la source continue des possibilités les plus étranges, dans une absence totale de préjugés. Ce troisième cerveau est «pré-ontologique», il occupe « l’aire du non-né », explique Lacan. Ce troisième cerveau en sait toujours plus qu’on ne pourrait supposer. Y règne « La Topologie et le temps (et les temps) », (séminaire 26) de Lacan. Les âges n’y comptent pas, 1000 ans ou 20 ans, c’est pareil. On y ressent les étreintes exquises de l’éternité, de la liberté infinie,  de la jouissance absolue. Chacun y est à la fois personne, absolument personne, fantôme ou fantasme, et en même temps,  ou à sa convenance, tous les noms de l’histoire passée, présente et future. Mais, nous ne traiterons pas ici des capacités extraordinaires de ce troisième cerveau : l’inconscient. Nous nous contenterons de n’utiliser que sa capacité de jouissance par laquelle on peut supprimer la douleur, la souffrance, les symptômes, toutes les  formes de dépression malignes ainsi que de la peur du sexe et de la mort. Comme l’a vécu et expérimenté l’auteur, en personne, tout comme  les analysants dont il  nous rapporte ici, avec leur  consentement, les histoires stupéfiantes. Quand on s’autorise à  faire parler notre troisième cerveau, c’est-à-dire tout dire de nos fantasmes sexuels, nous nous libérons, non seulement de nos douleurs et souffrances, mais aussi de toutes les prisons du langage. La méthode est osée, directe, simple, efficace, définitive et à la portée de tout souffrant, même quand il est inhibé par quelque traumatisme infantile. En faisant parler ses propres  mots, il  y arrive.  On ne soigne pas le plus grave par des palliatifs anti-douleur. Lorsqu’on a tout dit de nos fantasmes sexuels, on peut  tout dire et ressentir enfin un bonheur sans limites. Dionysos est de retour.  Notre parole est devenue totalement libre et bénéfique. Ça marche parce que la parole est la nature de tous les mondes possibles et impossibles. Voilà proprement une révolution : descendre dans le continu de la jouissance à la première occasion et abandonner le bavardage conflictuel des pulsions partielles de notre réalité ordinaire pour se reposer et se libérer définitivement de la souffrance et de la peur. Il n’y a pas que notre cerveau crânien, il n’y a pas que cette vie, il y a d’autres mondes, il y a un troisième cerveau, l’inconscient. Le pouvoir est moins le savoir, que le pouvoir de « voir ça ». Le pouvoir ce n’est pas le moi, c’est le » mot a » qui désigne « le plus de jouir »

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Un troisième cerveau

On appelle « cerveau » ce qui a le pouvoir de tout diriger. Nous savons tous que notre cerveau, celui qui est dans notre crâne  entre les trous de nos deux oreilles, est le siège de l’intelligence, du jugement et de l’imagination. Avec ses cent milliards de neurones qui se renouvellent régulièrement aux dernières nouvelles, il dirige tout.  Cet organe est un objet matériel qui pèse quelque 1300 grammes. Malgré les progrès spectaculaires des neurosciences, qui n’en sont qu’à leurs débuts, on ne sait toujours pas comment il fonctionne « la moitié du cerveau est encore inconnue », nous expliquent les spécialistes. Nous avons cru longtemps que nous n’avions que ce seul cerveau. Mais depuis peu, on considère que « le ventre » est un deuxième cerveau. Il contiendrait autant de neurones et d’axones (ce qui conduit les influx nerveux) que le premier. On l’a d’abord appelé  « Le charme discret de l’intestin » (Dr. Gulia Ender Acte Sud). Il était jusque-là refoulé et sous l’emprise du premier. Pourtant, on le connaissait déjà sans le nommer «cerveau ». En effet, tout le monde sait que c’est souvent le ventre, (ou autrement dit, les sentiments), qui parle le mieux de nous-mêmes. Le ventre a le pouvoir de commander : « La tête dit non et le ventre dit oui » et c’est lui qui l’emporte. « On a ça dans les tripes » dit-on de nos passions. De plus certains expliquent que nous pensons fondamentalement qu’avec le corps. C’est ce qu’ils appellent « la  cognition incarnée ». L’inconscient, quant à lui, est un «troisième cerveau », mais à la différence des deux autres, il est immatériel, il  ne se situe ni dans le crâne, ni dans le ventre, il est antérieur aux deux autres et même les dirige à leur insu. Il est « pré-ontologique » explique Lacan (« Les Quatre concepts » p.31) : « La béance (le vide) de l’inconscient est pré ontologique ». « L’inconscient se situe dans l’aire du non-né » (« idem » p.25). Il s’agit, lato sensu, du « cerveau freudien », c’est-à-dire de « la libido » autrement dit du désir sexuel. « La réalité de l’inconscient, dit Lacan, est d’être sexualité » (« Les Quatre concepts », p.137, p.159).

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«Toute dynamique est essentiellement sexuelle » (idem, p.185). Mais ne nous y trompons pas, en pratique, c’est beaucoup plus difficile à comprendre et à expérimenter qu’il n’y paraît. C’est qu’il s’agit de s’arracher à soi (c’est-à-dire à la conscience réfléchie), à la pensée et aux sentiments, à tous les sentiments, ou, pour parler plus techniquement, à aller par-delà « le Symbolique et l’Imaginaire » animés par les pulsions partielles chaotiques et conflictuelles qui forment notre réalité ordinaire. L’inconscient, lui, à l’inverse est une pulsion continue. C’est une « force constante (p.150) », « pré-ontologique et de l’ordre du non-né ». Avec l’inconscient, nous quittons et inversons le principe ontologique de Parménide : « L’être est et le non-être n’est pas ». Il faut dire et penser que l’être est et que le non-être n’est pas.  Car du non-être, on ne peut rien dire ni penser ».  Pourtant comme l’a montré Gorgias dans son « Traité du non-être », il n’y a que du langage. Tout être ou non-être, quel que soit sa présentation, n’est qu’un effet de langage. Comme dit Lacan : « C’est du langage que nous tenons cette folie qu’il y a de l’être ». Comme l’écrivait Freud à Stephan Zweig : « J’attends, j’attends avec une sorte d’impatience de passer dans le non-être » (lettre du 18/5/36). Ainsi l’inconscient est-il l’infini, le vide, le non-être qui parle, pense, agit et crée mieux et plus sûrement que l’être, même si c’est avec une tout autre logique. On pourrait évoquer ici le « mur de Planck » de la physique quantique : au-delà de cette limite, le mur de Planck, toutes les lois de la physique classique se trouvent inversées. Si l’inconscient est immatériel, pré-ontologique, inné, tout à la fois « ni-être, ni non-être » (idem, p.32) il est antérieur aux réalités du corps, et de l’esprit qui sont nés, créés et constituent ce qu’on appelle notre réalité ou les hallucinations de notre monde ordinaire. S’il n’y avait pas ce non-né (l’inconscient), nulle sortie de notre réalité et de ses souffrances, qui sont nées, créées et formées, ne serait possible. Mais puisqu’il y a ce non né, (l’inconscient) on peut se libérer de toutes les souffrances de la réalité. L’inconscient est « l’au-de là » de la réalité. On pourrait dire qu’il s’agit de s’éveiller à la mort moteur indispensable de la jouissance.

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C’est que l’inconscient s’exprime par une étrange topolgie. Dans cette topologie, qu’on pourrait appeler la topologie de la mort et de la jouissance, la mort parle, phonétiquement, et fonctionne d’une façon aussi élaborée que dans la réalité qui perd ainsi ce qui paraissait être son privilège. Ainsi la mort parle et agit, même si c’est d’une manière très différente de celle des hallucinations ontologiques de notre réalité. Ce qui justifierait ce qu’on dit en extrème-orient à savoir que « la mort est un état supérieur à la vie, et aux jouissances de la vie ». On peut ici invoquer Rimbaud lorsqu’il dit : « Elle est retrouvée, quoi ? L’éternité, c’est la mer allée avec le soleil ». C’est que l’eau jouit du feu en l’éteignant et le feu jouit de l’eau en l’évaporant. (Eternité est, comme tout le monde l’a éprouvé,  l’anagramme d’étreinte). La jouisssance tue ce dont elle jouit, elle utilise la mort pour se perpétuer. Pour peu que nous ne soyons pas trop inhibés par quelques traumatismes infantiles, on fait avec la jouissance et les orgasmes de l’acte sexuel, l’expérience de la jouissance non-ontologique ou « non-égotique » de l’absorption parfaite de l’inconscient qui utilise la mort. C’est une chose qu’il s’agit de bien comprendre et de bien étayer dans la sexualité ordinaire pour qu’elle puisse fonctionner aussi dans la « dit-mention » d’au- delà de la vie ordinaire ou de l’éternité.  Comme on voit, il est temps de prendre la jouissance de l’inconscient au sérieux, ce « troisième cerveau » infini, absolu, éternel. « L’inconscint, dit Lacan, c’est l’insistance dont se manifeste le désir sexuel ». La jouissance et l’orgasme jouissent de ce qu’ils détruisent comme on peut l’expérimenter dans l’acte de manger ou de toute forme d’absorption. C’est aussi, ce qu’affirme traditionnellement le Zen qui signifie précisément «absorption». La traduction de zen par « méditation » est une ordure de traduction comme il y en a quelques-unes qui font scandales dans l’histoire de la pensée mondiale. Lacan qui connaissait le chinois, savait la vraie signification de zen. C’est pourquoi, il ouvre son célèbre séminaire en assimilant le Zen et la méthode psychanalytique (Séminaire 1). (Ce qui serait totalement impossible si zen signifiait méditation).

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Pour saisir cette inversion de sens, il faut remonter au Bouddhisme primitif. En effet, rappelons que la langue du Bouddha était le pali et la pratique fondamentale du Bouddhisme était le « jhâna » (prononciation djâna) et qui signifie « absorption ». Pris dans son sens le plus large, le terme djâna désigne n’importe quelle absorption et dans son sens particulier, il désigne l’absorption extatique du Bouddha en position de lotus. Ce fut ainsi pendant cinq cents ans. Puis devant le succès de « la parole » du Bouddha  tous les discours en pâli furent traduit en sanscrit, la langue littéraire par excellence. C’est là que le terme pâli djâna fut transcrit erronément par le sanscrit dhyâna qui signifie exactement « méditation » ou « contemplation ».  Cette substitution de sens était favorable aux enseignements des Brahmanes indiens. C’est à cette époque qu’un pratiquant du djâna authentique, Bodhidharma, constatant que la pratique du Bouddhisme se dévoyait de plus en plus, décida de quitter les Indes pour  aller en Chine enseigner le vrai djâna. « Djâna », les chinois le prononcent « tchanna », puis, par apocope, « tchan », comme on dit par facilité « ciné » pour cinéma ou « auto » pour automobile. Mais, pour bien traduire par écrit le sens « d’absorption », ils choisirent précisément un vieux pictogramme représentant « une table et de la nourriture », ce qui suggère parfaitement l’absorption. Ce caractère  chinois  « tchan », se prononce « zen » en japonais. D’une certaine manière, on serait moins dans l’erreur, si au lieu de traduire zen par « méditation » comme on le fait étourdiment, on se référait au grec. Car il se trouve que le son « zen » est l’infinitif présent du verbe « zao » vivre. « Zen » est aussi le terme dont se sert souvent Homère pour désigner Zeus, qui incarne le pouvoir du sexe, souverain absolu du monde des dieux et des humains. Le caractère chinois « tso », qui se prononce « za » en japonais, désigne « l’assise ». Le caractère de l’assise dans« tso tchan » ou  « zazen » en japonais, représente le ciel et la terre reliés par un trait vertical. Sur le trait figurant le ciel, il y a deux hommes qui parlent du ciel, c’est-à-dire du vide ou du non-être. Ceci indique qu’il n’y a d’assise véritable que par le langage ou « la parole du ciel », métaphore chinoise de l’inconscient.

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L’inconscient (le ciel ou vide) représente « le maître absolu » qui peut donner n’importe quel sens à n’importe quel mot, et, en changer si ça l’arrange. Il peut démonter phonétiquement, à la différence des contraintes du langage ordinaire, n’importe quel mot ou signification. Par exemple, si nous désarticulons le mot « parole », nous obtenons « pas » qui signifie mouvement et «rôle» dont l’étymologie est roue. La parole ainsi dans cette perspective, est pareille au mouvement d’une roue qui quand elle roule ne s’appuie que sur un seul point qui n’est jamais le même. C’est l’image « sans image » de la jouissance originelle ou «inconscient», ou, comme on dit dans le zen « la roue de la loi » qui figure le rond topologique originel de l’absorption, le sans penser de la jouissance. Le zazen, c’est s’installer dans le vide parfait et surtout « ne pas méditer ». Méditer, c’est médire et médire, c’est dire du mal même sans s’en rendre compte. Ce qui conduit au pire. Il s’agit bien de changer de cerveau. Chacun a fait l’expérience de ce « non pensé » avec ses propres jouissances et orgasmes sexuels ordinaires, mais il s’empresse de le refouler et de l’oublier. Il refoule le non-pensé. Car là où jouit le sexe, on fait l’expérience du non pensé, (wu nien). Avec la jouissance tout « ego » ou narcissisme se barre » et disparait. « S’il n’y avait pas de jouissance, comme dit Lacan, on ne connaîtrait pas la sagesse de l’inconscient (le non penser) ».  Dans la jouissance et l’orgasme, on ne réfléchit pas. Et dans le zen (absorption), on pratique le « Wu nien », le non pensé. On ne réfléchit pas non plus (« il n’y a pas de miroir »). La jouissance est le non-pensé et le non-pensée (wu nien) est jouissance ce qui définit précisément l’inconscient. Ainsi, il y a une voie directe entre la réalité ordinaire et l’inconscient, c’est la jouissance sexuelle et l’orgasme. Ils se nourrissent l’un l’autre. L’inconscient est sexuel et le sexuel est inconscient. La jouissance reste le sujet de toute certitude. Ce faisant, refoulé, l’inconscient fait retour dans la réalité sous des formes souvent monstrueuses et douloureuses. C’est le fameux « Malaise dans la civilisation » dénoncé par Freud. C’est toujours le sexe qui est refoulé et son retour sous formes de symptômes qui effraie.

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 Ce faisant, en quoi le refoulement est-il heureux, peut-on se demander (« l’heureux foulement ») ? Par le retour du refoulé. Puisque c’est toujours le sexuel qui est refoulé, s’il est reconnu et qu’on en parle, c’est le bonheur. Faute de quoi le retour du refoulé ne s’exprime que par symptômes et douleurs.

Freud explique : « La différence la plus caractéristique entre notre vie sexuelle et celle de l’Antiquité (où l’on connaissait à l’évidence le troisième cerveau, l’inconscient, même si on ne les appelait pas ainsi), consiste en ce que dans l’Antiquité, l’accent était mis sur la pulsion sexuelle alors que nous le mettons sur l’objet. Pendant l’Antiquité, on glorifiait la pulsion sexuelle et c’est la pulsion qui ennoblissait l’objet, de si petite valeur qu’il fut. Tandis que dans les temps modernes, nous méprisons la pulsion et l’activité sexuelle en elles-mêmes et ne les excusons en quelque sorte que par les qualités que nous attribuons à l’objet » (de nos jours c’est encore plus patent. On peut coucher beaucoup plus facilement qu’autrefois, mais cela ne signifie pas qu’on jouisse mieux et qu’on soit plus satisfait). (Trois essais sur la sexualité, Gallimard, p.164). Or, « La satisfaction sexuelle est le meilleur remède contre l’insomnie (et contre beaucoup d’autres souffrances). Freud donne l’exemple de ses nourrisses allemandes qui autrefois calmaient et endormaient les enfants qui leur étaient confiés en leur caressant les organes génitaux » (idem p.171). La représentation du sexuel par des objets et des relations non-sexuelles remonte aux premiers essais que fait l’enfant pour s’exprimer par la parole ». (Idem, p.173). Inversement, quand vous avez tout dit de votre vie sexuelle, vous pouvez tout dire, vous êtes libéré des formatages des langues. Vous trouvez et assurez votre style. Tels sont les prodiges du « troisième cerveau », l’absorption de l’inconscient. L’expérience vécue étant plus éloquente que la théorie, je dois ici de relater ma propre expérience : Alors que je traversais un des moments très difficiles de ma vie, j’ai fait avec le zen l’expérience

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stupéfiante qu’on appelle la  jouissance du «troisième cerveau », l’inconscient, le cerveau de l’impossible. C’était en 1968 à Chambon sur Lignon lors de ma rencontre avec le maître zen Deshimaru, qui n’enseignait que le zazen. Dès la première prise de posture (les jambes croisées l’une sur l’autre, ou, comme on dit, en lotus), je fus envahi par une jouissance orgasmique indicible, par-delà le corps et l’esprit. Mon corps respirait, mon ventre se gonflait, comme indépendant de moi. Mes mains, la main gauche dans la main droite et les pouces par-dessus formant un cercle, reposaient sur mon sexe en érection. J’étais dans un état littéralement « ex-statique » physique et mental. Cet état dura trois jours au cours desquels j’avais des relations apparemment normales avec les autres, mais avec une distance étrange et inexplicable en termes physiques, entre eux et moi. Il me suffisait de fermer les yeux pour m’endormir profondément et de les rouvrir pour être éveillé, frais et dispos. J’actais la foi en rien (wu, en chinois), la plus « ex- citante », la plus créatrice, la plus puissante et la plus inébranlable des fois. «Le feu, c’est le réel (l’inconscient), dit Lacan, que je ne connaissais pas encore,  « ça met le feu partout le réel, mais c’est un feu froid. Le feu qui brûle est, si je puis dire, un masque du réel. Le réel (l’inconscient) est à chercher de l’autre côté, du côté du zéro absolu » (séminaire le Symptôme). C’est très précisément ce dont je faisais l’expérience. J’en informais Deshimaru qui me dit qu’il s’agissait formellement du satori. Cet état dura trois jours, puis s’estompa progressivement. Je ne le retrouvais plus qu’en zazen et ça ne durait que le temps de la séance (45 minutes). Je me confiais aux camarades qui pratiquaient aussi le zazen, mais aucun n’avait fait la même expérience. La plupart étaient orientés sur « une méditation spirituelle », terme que je trouvais difficilement recevable puisque le zen est fondé sur le « wu nien », le sans penser ».  A la manière d’un Mathieu Ricard, ou d’un Alexandre Jollien, ils ne juraient erronément que par la « méditation ». Je ne comprenais pas ce qu’ils voulaient dire par là, mais je m’apercevais que pour eux non plus ce n’était pas clair. Le cas le plus caractéristique est relaté par Alexandre Jollien

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dans son livre «  Vivre sans pourquoi » (Seuil), livre à succès mais qui est le comble du comble des contresens sur le zen. Il ne se réfère qu’à la Bible. Je considérais que mes camarades, à la manière de Jollien se complaisaient un peu trop dans la conscience réfléchie du premier et deuxième cerveau, la tête et le ventre, sans  aucune idée de l’inconscient, du troisième cerveau et de sa jouissance. Le besoin de méditation est comme les religions, elles ne perdurent que pour mieux refouler l’inconscient. L’état d’absorption (zen) est un état de sublimation marquée par une satisfaction sexuelle exaltante par-delà le génital, par-delà le ventre et la tête. Ce qui, curieusement, entraine une extension quasi infinie des jouissances ordinaires, y compris génitales. Tout semble désinhibé, jouissif, sans symptômes, ni angoisses. La plupart de mes camarades de cette époque ont enseigné le zazen, écrit des livres et créé avec succès des dojos dans le monde entier. Mais la plupart ne se complaisent qu’à rassembler du monde et à les faire « méditer » sur nul ne sait quel fantasme, à la manière de Pascal disant : « Agenouillez-vous, vous finirez par croire ». Autant, comme disait Matsu, illustre maître zen, « vouloir faire un miroir en polissant une brique ». Il y a bien aussi le bouquin d’  Erich Fromm et Martino « Zen et Psychanalyse », mais on peut y constater qu’ils ne connaissent ni le Zen ni la psychanalyse. (PUF).  C’est seulement écrit pour vous dégoûter insidieusement de l’un et l’autre.  Moi je n’ai jamais enseigné le zazen. Je l’ai toujours pratiqué journalièrement mais en solitaire. Encore qu’on est jamais seul en zazen, on y est toujours avec tous ceux qui ont pratiqué le zazen, dans le passé, le pratiquent dans le présent et ceux qui le pratiqueront dans l’avenir. Ce faisant,  je constatais, que tout me réussissait dans la vie. Ce qui était pour moi aussi  nouveau qu’inattendu,  jusqu’au jour où, je ne sais par quel détour, je me mis à lire « Le Vocabulaire de la psychanalyse » de La planche et Pontalis. J’ignorais à l’époque à quel point Lacan s’était toujours moqué de cet ouvrage et l’avait ridiculisé conformément à Freud qui enseigne que « le progrès de la connaissance ne supporte aucune fascination des définitions », ou comme le précise

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Rimbaud : «  Il faut être plus mort qu’un cadavre pour faire un dictionnaire de quoi que ce soit  ». La bêtise du lecteur  se révèle toujours dans les livres qui semblent les plus sérieux. C’est connu. A la lecture de ce livre savant, j’en vins à me demander, si finalement, je n’étais pas plus ou moins paranoïaque, schizophrène ou si ma pratique ne relevait  pas de quelque trouble psychique, du genre addiction narcissique caractérisée. Ce sont bien les théoriciens de la clarté qui généralement font les ouvrages les plus spécieux. « Le Dictionnaire de la psychanalyse » de Roudinesco, en est probablement un des meilleurs exemples. La psychanalyse, c’est l’inconscient et l’inconscient, c’est le sexe. L’un et l’autre ne peuvent se réduire à aucune définition. La notion de dictionnaire est exactement le contraire de l’inconscient. Les deux termes, s’annihilent l’un l’autre, comme le fini et l’infini. Mme Roudinesco est certes une historienne, une philosophe, une sociologue, une linguiste remarquable, mais ce ne peut être, à strictement parler, une psychanalyste. C’est une cérébrale, elle n’a qu’une tête, (elle croit, à l’évidence qu’il n’y a qu’un cerveau, celui du crâne). Elle soutient d’ailleurs, à l’encontre de Freud, que « l’inconscient est dans la tête ». Ce qui résume tout. La lecture de son étude sur Lacan (« Jaques-Lacan, Esquisse d’une vie»), (Fayard, 93), qu’elle sous-titre «histoire d’un système de pensée (quand il s’agit plus exactement d’un « système de non-pensée »), révèle en contrepoint ce qu’elle refoule de la psychanalyse, c’est-à-dire l’essentiel, l’inconscient et le sexuel). Mme Roudinesco croit qu’on peut résumer le « rapport sexuel », à des règlements entre le biologique et le culturel sous les auspices des plus hautes valeurs  morales. Il faut le génie d’une Christine Angot, pour souligner, dans les définitions de ce dictionnaire les mots qui relèvent strictement de l’inconscient, comme l’écrivaine le fait si adroitement  dans son livre génial «  L’inceste ». Mais, l’intérêt des contresens, c’est qu’ils peuvent malgré eux être utiles. Comme dit Angot : « Tout peut toujours se retourner ». Et c’est ainsi, grâce, au dogmatisme étriqué d’un dictionnaire qui ne comprend ni la jouissance ni l’orgasme

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de l’inconscient, (on dirait en chinois « Yun Yu », le jeu  des nuages (la jouissance) et de la pluie (l’orgasme), que je décidai à entreprendre une psychanalyse. Mon premier analyste fut un freudien. (Il avait même rencontré Freud à Londres juste avant la guerre). Je ne peux m’autoriser à penser que ce que je lui racontais avait quelque effet sur lui, car, coïncidence atroce, il mourut  au bout de six mois. Sa veuve m’adressa à une de ses élèves chez laquelle je ne restais qu’un an car, encore coïncidence horrible, elle décéda dans un terrible accident de voiture avec ses deux enfants. A croire que je portais malheur. Errare humanum est, perseverare diabolicum. Mon troisième psychanalyste fut par chance, car je le choisis au hasard, un lacanien de la Cause Freudienne, formé par Jacques Alain Miller lui-même. Dès la première séance, il me rassura avec une bienveillance  que j’appréciais sur mon expérience du zen. Il m’apprit, à mon grand étonnement, que Lacan avait ouvert son célèbre séminaire en assimilant le Zen et la psychanalyse. Séminaire 1 : « Les Ecrits Techniques de Freud. Il prit le livre et me lut le passage lui-même : « Le maître interrompt le silence par n’importe quoi, un sarcasme, un coup de pied. C’est ainsi que procède dans la recherche du sens un maitre bouddhiste selon la technique zen. Car il appartient aux élèves eux-mêmes de chercher la réponse à leurs propres questions. Le maître n’enseigne pas ex cathedra une science toute faite, il apporte la réponse quand les élèves sont sur le point de la trouver. Cet enseignement est un refus de tout système. Il découvre une pensée en mouvement — prête néanmoins au système car elle présente nécessairement une face dogmatique — La pensée de Freud est la plus perpétuellement ouverte à la révision. C’est une erreur de la réduire à des mots usés. Chaque notion y possède sa vie propre. C’est ce qu’on appelle  précisément la dialectique ».

J’étais stupéfait. Les jours suivants, j’appris la page par cœur. Elle devint le fondement même de toutes mes réflexions d’alors et d’encore aujourd’hui. Mon psy ajouta : « Comprenez-vous le silence

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dont il s’agit quand Lacan dit que le maître zen interrompt le silence par n’importe quoi ?  Il s’agit du silence effrayant, angoissant, pétrifiant dont l’esprit et les sentiments font preuve sur les questions fondamentales et insolubles: « Qui suis-je, où suis-je, pourquoi ? Quel est le sens de la vie ?  Suis-je aimé ? Qui dois-je aimer ?  Etc… » . Ce sont donc les pensées et les sentiments qui constituent le silence. Ni le zen ni la psychanalyse ne s’y trompent. C’est bien ce que j’avais expérimenté.

Ce faisant, à cette époque une étrange anecdote zen m’interpelait. C’était l’histoire de ce maître chinois qui lorsqu’on lui posait une question ne répondait ni ne se taisait, mais faisait simplement un signe phallique en levant énergiquement son pouce pardessus son poing, et chose inexplicable, cela calmait, répondait, et satisfaisait pleinement le questionneur. Un jour, il fut mandé par l’empereur qui voulait constater par lui-même un tel prodige. Le maître quitta son  temple en chargeant un de ses disciples de recevoir en son absence les visiteurs. A  son retour, il l’interrogea — : «  Y a-t-il eu des visiteurs ?  — En grand  nombre, répondit le disciple. — Ont-ils posé des questions et lesquelles ? — Qu’est- ce que le Zen, Qu’est-ce que le Bouddhisme ? Qu’est ce que la vérité ?  rapporta  le disciple — «  Et que leur as-tu répondu ? — « J’ai fait comme vous, dit le disciple, j’ai seulement levé mon pouce– Comment ?  — « Comme ça, fit le disciple en dressant son pouce pardessus son poing. Le maitre alors sortit brusquement son sabre de voyage et d’un seul coup trancha le pouce du disciple qui s’enfuit en tenant sa main ensanglantée. Au moment même où il franchissait la porte du dojo, le maître l’appela. Le disciple se retourna. Le  maître leva  « phalliquement » son pouce. Et, simplement à la vue de ce signe obscène le disciple atteint le satori. Il venait de passer «  la porte sans porte », la porte du rien, ou, reçut, comme on dit, la transmission de l’intransmissible, la jouissance de l’inconscient (ce que j’appellerai plus tard le « 3ème cerveau »).

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Dès que j’eus rapporté cette histoire à mon analyste, il me parla du concept fondamental de la psychanalyse, la castration: « La castration, explique Lacan, veut dire qu’il faut que la jouissance soit refusée, pour qu’elle puisse être atteinte sur l’échelle renversée de la Loi du désir ». Ecrits p.827 (« Subversion du sujet et dialectique du désir ». On ne pouvait être plus clair. C’était marrant. C’était la définition de la jouissance et de l’orgasme tels qu’on les expérimente en zazen. Tout Lacan pouvait donc être lu sous l’éclairage de l’ouverture de son séminaire : Zen et psychanalyse. Lacan devint, pour ainsi dire, mon maître zen. Un analyste lacanien, pensais-je alors, se doit d’être un maître zen, comme Jacques-Alain Miller son exécuteur testamentaire et véritable successeur (ce que je peux démontrer quand on voudra rien qu’en commentant son entretien avec Michel Onfray, organisé par la revue Philosophie Magazine  n°36 ; février 210). Toutefois, tous ceux qui se réclament de Lacan ne sont pas des « maîtres ni des adeptes du zen » du niveau de Jacques- Alain Miller ou de mon analyste. Il y a beaucoup de bagout et d’imposteurs dans le domaine du zen et celui de la psychanalyse.

Quoiqu’il en soit, quelques années plus tard, je devins psychanalyste, tout en continuant ma pratique du zazen. Ma vie ordinaire devint passionnante. Les choses et les événements les plus banals étaient comme transfigurés. Par exemple, je  pouvais ressentir une jouissance extatique en mangeant simplement une pomme de terre. Un jour, à la suite d’un article que j’avais publié sur les nœuds des différents langages, je reçus une lettre illustrée de dessins de nœuds d’un certain Richard Haddad. Il voulait me rencontrer. C’était un spécialiste de la topologie des nœuds en mouvement, un type original surdoué dans son domaine et totalement asocial. Je le comparerais à Grigori Perelman, ce génie russe des mathématiques qui a toujours méprisé les honneurs et les récompenses, même la médaille Field (équivalent du Prix Nobel en mathématique), même le million de dollars de la Fondation mathématique Clay pour la résolution de la conjecture de Poincaré.

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(Cette conjecture, purement topologique a résisté durant 100 ans aux topologues et mathématiciens). Grigori Perelman l’a résolue en 2003. Quand, en refusant, à la stupéfaction du monde entier, le million de dollars qu’il avait gagné, il se contenta d’expliquer : « Je peux contrôler l’Univers avec mes mathématiques, alors que voulez-vous que je fasse d’un million de dollars ?  ». On pourrait prendre cette déclaration pour un délire paranoïaque. Mais ce serait ignorer la dimension du Réel du système inconscient (RSI) et de sa jouissance. Avec elle, on a besoin de rien. Pratiquement, Perelman se contente de vivre modestement chez sa mère dans la banlieue de Moscou. Il y a dans le monde des surdoués dans différents domaines qui vivent dans des dimensions du Réel dont la jouissance reste incompréhensible pour les humains ordinaires. Richard Haddad appartenait à ce type de sujets exceptionnels. — J’ai rencontré, lorsque je faisais des conférences sur la psychanalyse en Chine, plusieurs personnages pittoresques vivant, pratiquement anonymes, dans cette dimension stupéfiante du Réel — Un jour, à l’Ecole Normale Supérieure où un mathématicien newyorkais, le Pr Groom, faisait une conférence sur la topologie des nœuds en basant son exposé sur un nœud à six croisements. En topologie, un nœud ne se définit que par le nombre de ses croisements réels. Haddad lui démontra en deux dessins éloquents que tout son exposé était complètement faux et stupide et topologiquement nul, car le nœud qu’il affirmait être de six croisements, n’en avait en réalité que cinq. Groom ne s’était pas aperçu que la présentation de son nœud à six croisements n’était en réalité que le nœud du fantasme de Lacan à cinq croisements. Le mathématicien newyorkais honteux renonça à publier son livre. Michel Thomé (qui avec Pierre Soury était le topologue de Lacan), était dans la salle : — « Les dessins de nœuds, dit-il comme pour excuser l’américain, sont très compliqués, on peut se tromper très facilement ». Haddad rétorqua : – «  Si on ne peut lire avec sûreté les croisements véritables, les mouvements de dessus-dessous, d’un nœud, on ne connaît rien à la topologie.

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Cet américain, comme les autres mathématiciens, ignore jusqu’au nom de topologie » : il refoule le mouvement. Richard Haddad m’initia pendant deux ans à son extraordinaire topologie des nœuds. Puis, sous un prétexte, selon moi futile, (un jour, j’arrivais à son cours avec 15 minutes de retard), il m’exclut de son enseignement : On ne vient pas en retard à un cours de topologie en mouvement ! C’était pour lui inadmissible. « Le Réel c’est ce qui cogne » et je reçus un choc. Je me sentis rejeté comme jamais (pareil qu’à ma naissance…). Haddad se retira dans son univers topologique et je n’entendis plus parler de lui. Toutefois, j’en savais suffisamment pour être à l’aise avec la topologie du RSI en mouvement de Lacan et spécialement avec son avant dernier séminaire (Séminaire 26) : « La topologie et le temps ». Dans le langage phonétique de l’inconscient la topologie désigne la parole (logos) qui engendre les lieux (topos). Quel lieu ? Tout d’abord le lieu des origines, le trou des jouissances et des orgasmes infinis, le vide parfait de Lie tseu c’est-à-dire le sexe de la femme. Et à partir de là des infinités d’infinis. La passion du sexe de la femme est masquée généralement par les métaphores pudiques des hautes valeurs morales dont le concept de « compassion » se présente comme l’instance suprême. D’où l’importance de revenir au langage phonétique de l’inconscient. La compassion n’est  en réalité que « la passion du con », la passion de l’organe sexuel féminin, ce qui est le contraire de toutes les métaphores du Semblant. Sinon la culture ne fait qu’exploiter l’énergie sexuelle de la femme, et le résultat ne donne rien de bon, ni pour la culture, ni pour aucun être humain. En revanche, le Taoïsme prône l’inverse : « yin tao, d’abord, yang tao, après ». Autrement dit, l’évolution du monde est liée non pas au changement de statut social des femmes, mais au plein accomplissement de leur jouissance sexuelle. C’est par là que le Taoïsme menait à l’éternité. Mais, il y a longtemps que ces pratiques ont été perdues. Tous les manuels sexuels taoïstes ont été officiellement interdits en Chine en 1949 et bien antérieurement encore avec le Confucianisme. Tout naturellement la topologie  en mouvement du système inconscient, la

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topologie des nœuds, m’amena à m’intéresser à l’écriture chinoise. Comme le raconte Lacan : « Je me suis aperçu d’une chose, c’est que si dans ma jeunesse, je n’avais pas étudié le chinois, je ne serais, peut-être pas lacanien » (séminaire 28,  D’un discours qui ne serait pas du semblant, p.36). Le parallèle entre la topologie en mouvement du système inconscient et l’écriture chinoise me fut confirmé par Huo Datong, le premier psychanalyste chinois, dans le livre « La Chine sur le divan » de Dorian Malovic (éd. Plan). Il s’agit d’une longue interview de celui qu’on appelle aussi « Le Lacan chinois ». Ce qui me frappa, c’est sa déclaration ; « Moi chinois, j’ai compris en 2002, que l’inconscient de tous les individus (y compris les non chinois) est structuré comme l’écriture chinoise ».  Huo Datong étayait sa proposition par nombre d’articles sur la topologie des nœuds en mouvement. Précisant que « Lacan est le seul savant, le seul grand penseur occidental, à s’être intéressé au chinois ». Quelques mois plus tard, je rencontrais le Pr Huo Datong à son université du Sichuan, à Chengdu, aux confins de la Chine du Sud-Ouest. Nous eûmes de longues et étonnantes conversations. Nous étions d’accord sur tout ce qui nous semblait essentiels, la topologie des nœuds en mouvement et l’écriture chinoise : La topologie est faite de ronds, comme celui du vide (wu) qui se nouent eux-mêmes ou entre eux. Les caractères de l’écriture chinoise fonctionnent sur trois niveaux, le phonogramme, l’idéogramme et le pictogramme. Ce qui correspond au RSI du système inconscient de Lacan, comme l’illustre son célèbre nœud Borroméen, le Réel (l’inconscient proprement dit) correspond au phonogramme, l’idéogramme au Symbolique et le pictogramme à l’Imaginaire. C’est le principe de la libération et simultanément de la construction de tout langage. Concernant la topologie, nous convenions joyeusement qu’un cube et une sphère, c’était pareil puisque qu’ils étaient des choses sans trous. Nous ne classions plus les objets selon leur forme physique mais selon leurs trous. Si le cube et la sphère étaient identiques, ils l’étaient aussi à une pomme de terre ou tout ce qui n’est pas troué, pour la même raison.

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En revanche, les stupas qui originellement sont constitués par les quatre éléments universels, solide, liquide, feu et air, figurés par le carré, le rond, le triangle et le croissant, lesquels devenaient alors tous quatre identiques parce qu’ils se résumaient à des figures à un trou. Et même une  ligne ou un rond étaient identiques puisque l’une et l’autre absorbaient le commencement et la fin. On parlait des objets à deux trous, à trois trous etc…. Sans cette topologie du trou, du rond, ou du vide, on ne saurait comprendre le I King, le Tao, le Wu et le Qi. Nous nous accordions sur  le refoulement et le rêve comme étant l’expression d’un désir sexuel inconscient ne se manifestant par des mots et des situations non sexuelles pour vaincre les censures. Le chinois est la langue de l’inconscient et l’inconscient parle chinois. Mais nous savions aussi que ces conceptions ne pouvaient être comprises qu’à partir de la topologie des nœuds en mouvement. Du reste, les psychanalystes chinois et occidentaux contestaient généralement ces points de vue. Nous pensions bien que la prochaine révolution psychanalytique serait chinoise, mais qu’elle n’arriverait que tardivement, dans un futur quasiment indéterminable. Pour l’instant les Chinois ne pensaient qu’à l’argent et les Occidentaux ne croyaient toujours obstinément qu’en leur conception ontologique du savoir. Dans la mesure où l’écriture chinoise est celle de l’inconscient, comme l’inconscient est le sexuel, l’écriture chinoise est aussi celle de la jouissance et de l’orgasme. Mais les chinois font tout pour refouler le sexuel. Ils font mêmes, dit Huo Datong, comme s’ils n’avaient pas de sexualité. Ce qui ne les empêchent pas de parler de sexe comme les Occidentaux, mais ça ne préjuge pas qu’ils connaissent et savourent la jouissance et le pouvoir de leur langue qu’ils réduisent aujourd’hui à « avoir de l’argent ». Il faudra du temps, beaucoup de temps  pour qu’ils se réconcilient vraiment avec la topologie de la jouissance de leur propre langue. Leur destin y est écrit. Le vide « wu » est le troisième cerveau et sa jouissance est en expansion. Telle fut, en substance notre conclusion.

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Je pensais  pouvoir dire que j’avais expérimenté au cours ma vie la mémoire prodigieuse du «troisième cerveau » de trois manières, premièrement avec le Zen,  deuxièmement avec la psychanalyse topologique et troisièmement avec l’écriture chinoise. Mais, à ma stupéfaction, surgit une quatrième expérience, qui fut pour moi  la plus douloureuse de toutes. En chinois, le chiffre quatre s’écrit et se prononce « si », ce qui phonétiquement sonne comme « mort ». Le phonétisme (le langage du réel, le langage de l’inconscient) étant prépondérant dans la langue chinoise, ce chiffre fait l’objet d’une peur irrationnelle dans tout l’empire du milieu. On dit qu’il porte malheur. D’ailleurs, les rues et les boulevards en Chine n’ont pas de n° 4, ni de quatrième étage. J’ai même vu à Hong gong un hôtel dont les chambres passaient directement du 39 au 50 afin d’éviter tout ce qui commence par quatre. N’aurais- je pas dû me méfier d’une psychanalyste qui s’appelait Sylvie Quatraine ? Certes, ce n’est pas un nom chinois, mais, comme on l’a vu, l’inconscient parle chinois. Je ne m’imaginais pas jusqu’à quel point l’influence sonore des lettres pouvait nous influencer. Cette  Sylvie Quatraine m’assura définitivement du pouvoir de ma méthode du « troisième cerveau». Elle le fit cependant sans le savoir, indirectement, inconsciemment par la seule force de l’implicite, et ce fut pour moi une expérience affreuse et pénible.  Sylvie Quatraine est une très belle femme, très grande avec une taille fine, des jambes interminables, une très forte poitrine, et une chevelure blonde, épaisse longue et brillante du genre, si on la regarde trop , c’est « comme lorsqu’on a trop fixer les rayons du soleil, on voit sur toutes choses un rond vermeil ». Elle est   mariée mais sans enfant (elle est stérile). Elle est fière, un peu et hautaine et traverse  avec courage toutes sortes de difficultés. Elle est beaucoup plus jeune que moi. Elle pourrait être ma fille. Elle a fait son analyse avec une collègue à moi. Mais elle suit avec assiduité mes conférences et mes cours privés sur la topologie en mouvement.  Je ne peux m’empêcher d’être fier qu’elle suive mes cours. Sa beauté illumine mes réunions. Elle est à la fois appréciée et jalousée par ses amies.

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Elle ne laisse personne indifférent. Personnellement, je suis fasciné par ses mains d’une rare beauté aristocratique, avec de longs doigts parfaitement manucurés et aux ongles vernis de rose qui me rappellent étrangement ceux de ma mère. Dès que je les regarde me vient à l’esprit le premier vers du Sonnet en X  de Mallarmé : « Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx ». Si les circonstances si prêtent, c’est la première strophe du poème qui a le temps de surgir dans mon esprit, et parfois même, le poème entier. Cette ressemblance avec ma mère s’arrête là. Et ce n’est pas du déni. Elle est objectivement incomparablement plus belle. Sylvie Quatraine ignorait la comptine qui illustrait, comme par hasard, son nom. Je la lui appris : « Je suis au fond du jardin. Je suis au milieu du monde. Je commence la nuit. Je finis le matin. Qui suis-je ? Je suis quatre haines, « Quatraine », Sylvie Quatraine.  « Je suis au fond du jardin, premier N. Je suis au milieu du monde, deuxième N. je commence la nuit, troisième N. Je finis le matin, quatrième N. Pour ne pas la figer dans le négatif, je lui citais Empédocle d’Agrigente lorsqu’il  dit « « plus grande la haine, plus grand est l’amour. Et la combinaison des deux, de la haine et de l’amour, c’est la jouissance », comme si je lui promettais un destin de grande jouissance. Je croyais être compris.  Je croyais comprendre. Mais je me trompais. Sylvie arborait dans toute occasion un léger sourire sous le bleu métallique de ses yeux qui empêchait de deviner ce qu’elle pensait vraiment, en bien ou mal. Dans certains cas, le refoulement est comparable à l’alcool. C’est une question de degrés. Il y a des vins légers, des vins plus lourds, plus fort en degrés, puis il y a des alcools, des eaux de vie qui sont des eaux de mort comme l’absinthe qu’on appelait autrefois « un billet pour Charenton » parce qu’elle rendait fou. Je pensais pouvoir refouler mon désir pour Sylvie, mon désir de la toucher, de la caresser, de lui faire l’amour, comme on boit un vin léger sans risque de conséquences. Mais je me trompais. En fait Sylvie était une narcissiste qui cherchait à tout contrôler et qui y arrivait souvent. Je l’avais plusieurs fois entendu dire «  Ah si je pouvais mener tout le monde par le bout du nez ! »

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Mais je considérais ça comme trait d’humour. Jusqu’au jour, où juste avant les vacances d’été, elle me présenta un livre qu’elle trouvait « génial» et qui vaudrait la peine, insistait-elle, qu’on en approfondisse en petit groupe la méthode pour faire un livre encore plus fouillé. Elle en avait suivi les conseils et sentait déjà que son mal de dos récurrent allait un peu mieux. Il s’agissait de l’ouvrage, traduit du portugais d’une certaine écrivaine le « Dr Angela de Chagas » intitulé « Le meilleur anti-douleur, c’est la médiation ». Le titre même était comme un rejet de tout ce que j’enseignais. Il me montrait que l’intérêt de Sylvie pour mes cours n’était qu’une supercherie. Elle ne cherchait qu’à se donner une contenance avec des fantasmes imaginaires. A l’évidence ma Belle était bête, mais je n’en voulais rien savoir. Dans le conte de « la Belle et la Bête », la Belle, par le pouvoir de l’amour, métamorphose la bêtise. Mais Sylvie Quatraine en était visiblement incapable et je ne me l’avouais pas. Toujours pris par le charme de sa beauté, je refoulais ces évidences et lui accordais mon approbation, même si j’éprouvais en même temps un sombre et profond désappointement. L’ouvrage en question était conforme à son titre. L’auteure, se vantait de n’avoir suivi aucune formation de psychanalyse, mais que « sa méthode justifiait son sérieux en utilisant ses concepts, mais autrement ». Position caractéristique, répandue chez ceux qui amalgament l’imaginaire et l’inconscient. Elle faisait l’impasse sur la conscience réfléchie et la conscience immédiate. Elle  confondait l’inconscient freudien avec l’inconscient philosophique. A la manière de Coué, des magnétiseurs, des hypnotiseurs, elle se servait essentiellement des pouvoirs de la suggestion, se référant, sans le dire, aux religions bibliques. Bref, il s’agissait encore une fois de l’effet d’aversion que rencontre, comme toujours, tout ce qui vient de Freud ». Pour moi l’insupportable, c’était l’attitude de Sylvie Quatraine. Cependant que l’élégance de ses chevilles, la blancheur de sa peau, sa grâce de ses mains, sa beauté et mon désir pour elle, me faisaient tout refouler. Sylvie me fera goûter tous les degrés de l’autocensure. C’est comme j’avais peur, à chaque fois, qu’elle me dise : « tu es trop vieux, tu es trop lourd, tu es trop moche, tu es trop con, je vais te faire sentir et t’apprendre ce qu’est le retour du refoulé ».

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Nul n’ignore que, plus fort est le refoulement, plus violent est le retour du refoulé. On dirait que tout refoulement double sa force dans son retour. J’allais expérimenter cette loi du système inconscient dans ma propre chair. Pendant quelques séances, on parla du livre de la Brésilienne comme s’il s’agissait d’un ouvrage intéressant. Je plaisantais. Je disais qu’on a tous le droit de dire n’importe quoi, et que l’erreur peut montrer la vérité mieux que la vérité. Mais ce n’était pas, bien sûr, ce que voulait entendre  Sylvie Quatraine. Elle se braqua et cessa de venir à nos réunions. Mais, heureusement, une de ses collègues, Arlette, la convainquit de revenir. A la fois plus ou moins content et plus ou moins désappointé, je ne tardais pas à éprouver  l’inévitable, l’implacable et terrible retour du refoulé. Ainsi, une nuit soudainement je fus frappé par une douleur au ventre hyper violente, si insupportable que j’appelais, à trois heures du matin, SOS médecins. Le diagnostic fut très vague, probablement une crise de colique néphrétique, me dit-on. On me donna des calmants qui n’eurent guère d’effet. Je vis un médecin le jour suivant qui m’ordonna toute une batterie de médicaments anti-douleur et m’adressa à d’autres spécialistes pour faire toutes sortes d’examens qui ne révélèrent rien d’anormal, Alors que la douleur, de jour et de nuit devenait plus insistante. Je ne pouvais plus ni travailler ni dormir ni me reposer. Il me semblait que cette douleur ne cessait de grandir et de se déployer. Je ne dormais pratiquement plus. Les somnifères n’agissaient que sporadiquement. Il n’y a qu’en zazen que la douleur s’atténuait quelque peu mais elle reprenait plus fort son intensité croissante tout de suite après. Comme les divers examens ne trouvaient rien, que les médicaments n’avaient pas d’effet et que la souffrance croissait sans cesse, je finis par m’adresser à une association suisse qui autorisait l’euthanasie. Je m’imaginais en zazen, accomplissant ma volontaire  « transformation de transfert » comme on dit dans le zen pour désigner l’instant dela mort.

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En même temps, Sylvie Quatraine me manifestait curieusement une constante compassion. Elle m’envoyait presque quotidiennement de courts emails : « Courage », « ça va passer », « Je vous envoie des ondes positives » etc. Chose curieuse, à réception de ces messages ma douleur s’atténuait quelques instants mais elle reprenait de plus belle. Miracle et limite de la suggestion ? Sans doute. Mais on n’accède à ce que l’on désire vraiment que par les rêves. L’inconscient, pour peu qu’on ne le confonde pas avec l’Imaginaire, est une autre dimension totalement différente de la réalité, un réel par-delà et au-delà de la réalité, laquelle se réduit, comme dit Lacan, « à une grimace du Réel ». Sans le vide, pas de mouvement, sans le vide, pas de lumière. Malgré la douleur,  j’essayais lors d’une nuit blanche de me concentrer sur le vide, sur le néant, puisque l’inconscient est dit « pré-ontologique ». Je néantisais tout mon passé, tous les passés. Je néantisais mon présent, tous les présents. Je néantisais mon avenir et toutes les formes d’avenir. Méditais-je sur le néant ? Non, car la méditation sur le néant est un néant de méditation ! Je m’endormis d’un coup et fis ce rêve surprenant : J’étais mort et même incinéré, réduit à de la poussière. Sylvie me regardait, je voyais derrière son beau visage une tête de mort qui ricanait. Son corps s’était transformé en squelette. Elle me disait d’une voix sombre : « j’espère que là où je te jette, tu souffriras éternellement ». Puis elle se mit à débiter toutes sortes d’obscénités à mon égard. Et soudain, je me retrouvais couché dans mon lit, mais j’avais sur le front un œil bleu comme l’océan, et pareil au bleu des yeux de Sylvie, mais c’était  un «œil de Lynx », celui précisément de l’Argonaute éponyme de la Mythologie, qui lui permettait, dit-on, de voir à travers les murs et au fond des mers. Moi, je voyais à travers les murs de ma salle de bain et je voyais ma mère. C’était bien le corps de ma mère mais mélangé à celui de Sylvie avec des formes sensuelles hypertrophiées. Ma « mère-Sylvie » (avec un M comme «masochiste» et un S comme « sadique »)  était nue avec des seins et des fesses énormes. Elle se masturbait avec une main dans son sexe et l’autre dans l’anus.

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Elle devait aussi me voir puisqu’elle me souriait et me faisait signe de venir. Surexcité je me retrouvais soudainement dans la salle de bain. La « mère-Sylvie » me fit lécher ses doigts sortis de son sexe et de son anus. Puis elle me fit lécher ses pieds, ses jambes, ses genoux, son sexe, ses fesses son anus, ses aisselles, ses seins, puis sa langue. Je ressentais à chaque fois une jouissance intense et extraordinaire. Enfin elle me demanda d’éjaculer sur sa face et me fis lécher mon propre sperme sur son visage. Puis, elle quitta la pièce pour, dit-elle, retrouver son mari, laissant derrière elle, un envoutant parfum de femme. J’espérais qu’elle revienne mais elle ne revint pas. Après ce rêve monstrueux, curieusement ma douleur diminua considérablement. Etait-ce l’effet des médicaments qu’on m’avait fait prendre et qui agissaient enfin ? J’en parlais à une collègue psychanalyste Arlette, une amie de Sylvie qui me rappela que dans certaines circonstances, on oublie complètement notre désir réel, et qu’il revient en rêve. Ce rêve « d’inceste buccal», premier stade de la sexualité, rappelait à ma mémoire, le désir originaire du stade oral. Elle m’illustra cette jouissance orale par cette citation de Paul Valéry : « Comme le fruit se change en jouissance, comme en délice, il change son absence dans une bouche où sa forme se meurt ». Arlette m’annonça ensuite que je ferais, si l’on en croit Freud, des rêves aussi marquants mais de nature anale puis phallique. Ce qui se réalisa. Elle  me conseilla de raconter ce rêve à Sylvie en lui expliquant combien cela avait soulagé ma douleur. Je le relatais donc à Sylvie Quatraine et je fis de même pour les autres rêves qui furent aussi  obscènes et scabreux que le premier. Et curieusement ma douleur s’atténua et  disparut complètement. Je me dis que peut-être cette douleur était une fibromyalgie, cette maladie «des douleurs inexplicables », puisqu’elle n’avait pas eu  d’éclaircissement médical. Mais on m’apprit que les douleurs de la  fibromyalgie ne se déclaraient que sur l’occiput, les trapèzes, la base du coup, les coudes, l’intérieur des genoux, le haut des fessiers, mais jamais dans le ventre. Mieux valait alors considérer que la jouissance exprimée par le langage peut vaincre la douleur.

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Quand on raconte nos fantasmes sexuels les plus délirants, on ne fait pas que raconter ses fantasmes sexuels, on se libère de toutes nos compulsions d’emprise imaginaires et symboliques qui asservissent nos perceptions et nos comportements. Le refoulement auquel m’avait contraint Sylvie Quatraine sans le vouloir m’avait obligé de faire sur moi-même l’expérience de ma propre méthode de libération. Car c’est toujours le sexuel qui est refoulé. C’est ainsi qu’aujourd’hui, je ressens pour  Sylvie une sincère gratitude. Finalement, c’est une jeune femme stérile qui m’aura fait naître ou réaliser que j’étais né depuis toujours –pour reprendre une formule taoïste —  « au beau milieu du bonheur éternel ». Je proposais à Sylvie et à Arlette de participer à mon ouvrage sur cette méthode dont elles avaient pu constater directement l’efficacité. Mais elles refusèrent l’une et l’autre, pour des raisons différentes, d’y participer. Je n’insistais pas. La jouissance de l’Autre est toujours difficile à accepter.

Il  n’y a pourtant pas d’autre sens de la vie que la jouissance et l’orgasme. Certes, tout est illusion, mais on ne peut mettre en doute ce que nous ressentons, ce qui nous excite. Yun yu, comme on dit en chinois, « le jeu des nuages, (c’est-à-dire de la jouissance), et de la pluie (les orgasmes). Ainsi que le zen, la psychanalyse topologique, l’écriture chinoise et mon expérience du refoulement avec Sylvie Quatraine l’ont si bien illustré. Les cas d’analysants que nous présentons ici en  perpétuent l’efficacité. En osant redonner la parole au désir sexuel, en se risquant à exprimer nos fantasmes érotiques les plus extravagants, les plus inconvenants, les plus divergents, non seulement nous nous libérons de nos douleurs et nos souffrances, mais en outre, on trouve, indirectement à chaque fois, des solutions durables à tous nos problèmes. N’ayez crainte, vous ne deviendrez pas un obsédé sexuel, rien de ce qui est sexuel ne pourra plus vous dégouter et en même temps  rien ne pourra non plus vous soumettre à ce que vous ne voulez pas. L’état de jouissance sexuelle sera chez vous, femme ou homme, comme une extase constante, un état euphorique permanent et créatif.

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On sait que Victor Hugo, chaque matin, avant de se mettre au travail, avait besoin de débiter toutes sortes de mots obscènes, de décrire des situations pornographiques et autres abominations sexuelles. C’était comme un besoin de se purifier avant de se mettre au travail. D’autres écrivains et artistes exploitent secrètement cette méthode cathartique. Plus près de nous, l’acteur Romain Duris, qui est aussi peintre, expliquait dans une interview, qu’il avait, avant de commencer son travail de peinture, besoin de dessiner  toutes sortes de dessins érotiques : « L’érotisme a quelque chose de captivant. Il m’insuffle une énergie permettant de passer ensuite à autre chose », explique-t-il.

Dans le «Le Désir et son interprétation », Lacan fait l’éloge du pervers, du « pervers positif », selon l’expression même de Freud , c’est-à-dire « de la perversion polymorphe » avec ses jouissances particulières. Mais, parce qu’elles sont exprimées par la parole, c’est une perversion polymorphe libre et exempte de tout symptôme morbide et de toute compulsion d’emprise. Tous les cas que nous présentons ici pour illustrer l’importance du sexuel en tant que moteur à l’inconstante constante du troisième cerveau sont des histoires authentiques. Seuls les noms et certains lieux ont été modifiés.  Certains analysants ont pris connaissance des textes les concernant,  d’autres ont estimé que ce n’était même pas nécessaire. Quant à ceux qui, pour des raisons diverses, expériences scatologiques, urologiques, masochistes, sadiques, n’ont pas voulu témoigner, nous avons  respecté leur avis sans discussion.

La méthode du « troisième cerveau » s’adresse principalement à ceux dont les douleurs physiques ou mentales les ont conduits à des situations limites, comme le fut la mienne, où se joue en abîme la question de la vie et de la mort.

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La méthode du « troisième cerveau » est plus rapide et efficace si l’on travaille avec un psychanalyste compétent. Ce qui n’est pas toujours facile à trouver, la mode étant à une psychanalyse sans sexe, voire même sans inconscient, au profit d’une morale sociale, humaniste, idéologiste, psychologisante, qui n’est que l’envers stupide de la psychanalyse, tout en se référant à Freud et Lacan et à leurs concepts en faisant croire que son idéologie hypocrite et conquérante en saisit la liberté, la jouissance et le bonheur. Le troisième cerveau lui ne se laisse jamais geler, freiner ou immobiliser comme les deux autres cerveaux dans le Semblant ou le discours capitaliste du Semblant. Pourquoi dit-on « troisième » cerveau ? Non pas parce qu’il vient après les deux autres, mais tout au contraire parce que le trois est irréductiblement originaire dans l’inconscient. C’est le troisième cerveau qui anime les deux autres. Le trois produit toutes choses. C’est le mouvement. Il surgit du vide ou du rond dont le haut devient le bas et le bas devient le haut qui est toujours autre que celui d’où il était parti. C’est l’ordre de l’univers, le rien. Ainsi le vide est-il le troisième cerveau dont la jouissance est en expansion infinie parce qu’elle va par-delà en les combinant, la vie et la mort. Le vide (wu) résout toute aporie et tout blocage.

 

Noeud Cerveau antidouleur

 

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Ecrit par Guy Massat


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