Cercle Psychanalytique de Paris

 

Questions / Réponses – Conférence du 9 décembre 2014

                 QUESTIONS/REPONSES – Conférence du 9 décembre 2014.

 

« L’interprétation doit être preste pour satisfaire à l’entre prêt de ce qui perdure de perte pure à ce qui ne parie que du père au pire » (Lacan, « Télévision », dernière phrase ».

 

1 – Quel intérêt de pouvoir dire : « Ceci n’est pas une chaise » ?

GM : « Aucun, surtout si vous voulez vous asseoir. Mais ça peut nous aider à comprendre que les mots ne sont pas les choses, que rien n’est comme nous le pensons.».

 

2 – Le Réel échappe à la raison. Pourquoi ne pas avoir parlé de folie ?

GM : « C’est la raison qui est folle. Le Réel est en deçà et au-delà de la raison et de la folie, en de ça de l’imaginaire et par delà le symbolique. Tout le réel est irrationnel.

 

3 – Pourquoi avoir réduit l’inconscient au Réel ? 

GM : « Pour s’écarter de la tradition philosophique, pour la mettre en suspens, comme tout ce qui relève du Symbolique, de l’ontologie, de la psychologie, et de la cosmologie qui est strictement imaginaire.

 

4 – Le psychiatre est dans la réalité et le psychanalyste dans le Réel ?

 GM : « C’est exact, le psychiatre ne traite que de l’imaginaire et du symbolique. Le psychanalyste parle de l’inconscient à savoir du réel.

 

5 – Du Réel dans la réalité, ok mais de la réalité dans le Réel ?

 GM : « Le Réel, c’est ce qui engendre la réalité ? La réalité imaginaire et la réalité symbolique qui s’efforcent de refouler le Réel.

 

6 – Comment transformer une pulsion de mort en pulsion de vie ?

GM : « Toute pulsion est une pulsion de mort, même la pulsion de vie. Ne mangez-vous pas ? La mort est avant la vie.

 

7 – Est-ce que l’inconscient est la volonté de puissance ?

 GM : « Exactement. Je vous recommande le livre, si on peut encore le trouver, de Paul Laurent Assoun, philosophe et psychanalyste, « Freud et Nietzsche ». Même si cet auteur n’exploite pas assez, me semble-t-il, l’éclairante définition.

 

7 bis – Est-ce que les chinois en sont conscients ?

GM : « Les Chinois n’ont pas besoin d’en être conscient. Leur langue sans verbe être et leur écriture parlent pour eux.

 

8 – À quel moment commence l’inconscient ?

GM : «  L’inconscient est sans commencement ni fin, infini donc. Libre, indépendant et autonome sans condition absolue donc. Il étreint tout de son éternité. « L’inconscient, explique Lacan, est de l’ordre du non-né ». Comme dit Bouddha « S’il n’y avait pas le non-né, nulle sortie de ce monde né et créé ne serait possible ». Sur le plan historique, c’est en 1900 que commence l’inconscient avec « l’Interprétation des Rêves ».

 

 9 – On a dit dans l’évangile selon St Jean : « Dieu était le verbe ». Vous avez dit l’inconscient, c’est le verbe ! Alors pourquoi vous parlez d’inconscient mobile ?

GM : « Si Dieu a été le verbe, il ne l’est plus aujourd’hui. « Dieu est mort » et avec lui, la matière et la métaphysique. L’inconscient est le mouvement en acte, le mouvement du temps réel, le mouvement qui parle. Le verbe est ce qui parle sans besoin de personne.

 

10 – Ca dépend des langues ?

GM : « L’inconscient parle toutes les langues et fait parler même les langues mortes  et même celles qui n’existent pas ».

 

11 – En Asie, dans les arts martiaux, le plus haut niveau, c’est la ceinture blanche. La ceinture blanche qui symbolise le retour à la source. Tu ne l’as pas vu ?

GM : « La fin et le commencement sont la même chose sur le circuit du cercle. Et le mouvement du cercle, c’est le secret des arts martiaux. Quand j’étais à Shaolin, les moines qui m’ont reçu m’ont dit, le kung-fu, c’est le temps. Or l’inconscient est la pulsation temporelle. Avec le Borroméen, on peut distinguer les trois temps. Le temps chronologique (Symbolique), le temps subjectif (affectif) (l’Imaginaire) et le temps Réel, l’inconscient.

En chinois, me dirent-ils, on peut dire : avez-vous assez de kung-fu pour boire un verre avec moi ? Ce qui peut s’inférer à l’un ou l’autre des trois temps.

 

12 – Je suis intéressé par l’idée Anne-Marie Bourrelly-Debève qui parle d‘écosystème. Un écosystème qui interagit en interne et avec d’autres systèmes, d’autres inconscients !

C’est quoi cette interaction ? Et en tant que psychanalyste, comment gérez-vous cette interaction ?

GM : « L’inconscient ou le vide n’est pas un milieu, c’est une poussée séparative. Les écosystèmes sont des masques, des grimaces, des substituts, si l’on peut dire, de l’inconscient. Leurs interactions sont celles de l’imaginaire et du symbolique.

 

13 – Y-a-t-il un inconscient collectif ?

GM : L’inconscient n’est pas un contenant, c’est un séparatif. Il n’y a pas d’inconscient collectif. Mais il y a un Préconscient collectif et un Symbolique collectif.

 

14 – Pourquoi l’inconscient, c’est le vide ?

GM : « Si tout change, si tout est impermanent, tout est vide. Le vide est une poussée comme le dit, aujourd’hui, même la physique quantique.

 

15 – Dans la transmission d’un art à son disciple chez le Maître Zen, c’est de l’inconscient ?

GM : « Dans « La transmission de la lampe », texte chinois du 10ème siècle, le Zen est défini comme « une transmission spéciale en dehors des écritures, sans dépendance à l’égard des mots et des lettres. C’est Ie shin den shin, littéralement de cœur à cœur. Si l’inconscient est la pulsation temporelle du temps réel, non chronologique, on peut traduire d’inconscient à inconscient.

 

 16 – On reste dans l’axiome, faut avoir la foi ?

 GM : « Oui mais il s’agit de la foi en rien, la plus inébranlable des fois.

 

17 – Alors qu’est-ce que l’on fait là ?

GM : « Alors on souffre. Car il n’y a pas de là, il n’y a pas d’espace (voir ce que dit Einstein dans la conférence) mais seulement de l’a (objet petit a) si on veut bien déplacer l’accent en apostrophe.

 

18 – Pourquoi on s’éloigne autant de l’inconscient ?

GM : « On ne peut s’éloigner de l’inconscient. Dès qu’on le refoule, il fait retour sous formes de souffrances.

 

19 – Sur votre tableau, on a le rouge, le vert et le bleu. Où est le jaune ?

GM : « Le jaune est la lumière du vide par laquelle nous distinguons la couleur de l’écrit, l’imaginaire du symbolique.

 

20 – Ce que l’on apprend ici, c’est le non-être ?

GM : « C’est mon vœu. Faire de cette galerie, un laboratoire du RSI, un laboratoire du non-être en mouvement.

 

21 – La parole, ce n’est pas rien ! Pour moi, la parole, c’est de l’Etre.

GM : « Rien n’est jamais comme on le dit. La parole est ce qui produit, dépasse et absorbe l’être. La parole, c’est le « parlêtre », autre nom de l’inconscient.

 

22 – Je ne suis pas d’accord, l’inconscient, c’est le réservoir des pulsions.

GM : « L’inconscient n’est pas un réservoir, ce n’est pas la « barrique maléfique » de Zimbardo , où la boîte de Pandore. C’est un séparatif. Lacan se moque de cette image de contenant dans son séminaire « l’identification ».

 

22 bis – Chez Freud l’inconscient n’est pas le ça et le ça n’est pas le réel, contrairement à ce que vous dites.

GM : « C’est tout à fait exact. Le mot inconscient avec ses onze lettres, diffère du mot ça qui n’en a que deux et du Réel qui en a quatre (voir l’article de Michel Muller « Le réel dans tous ses états » ou Lacan quand il dit « qu’à l’être succède la lettre parce qu’elle fait trou). L’inconscient est l’inconscient, le ça est le ça, le réel est le réel. Principe d’identité oblige. Ces mots n’ont rien à voir les uns avec les autres. De ce point de vue, vous avez entièrement raison. Mais, si nous prenons le point de vue psychanalytique, le point de vue topologique, le point de vue Lacanien, nous verrons, comme dit Lacan, que ce n’est que « de la parole que nous tenons cette folie qu’il y a de l’être » (le symptôme) et en retirant l’être de l’ontologie pour cause « d’Hontologie » (avec H ) nous dévoilons un autre langage. En effet, si le mot ne désigne pas la chose, si le mot inconscient ne désigne pas l’inconscient, si le mot ça n’est pas le ça, si le mot Réel ne désigne pas le Réel, nous obtenons la topologie suivante :

  Noeud borroméen conf 9 dec 14

 

Alors, le rond du Réel peut être appelé l’inconscient comme dans la première topique ou le ça comme dans la deuxième topique. Le rond de l’Imaginaire peut être appelé le préconscient comme dans la première topique ou le moi comme dans la deuxième. Le rond du Symbolique peut être appelé le conscient comme dans la première topique ou le surmoi comme dans la seconde.

 

Quel est l’avantage de cette condensation ? C’est de cesser de réduire le Borroméen à un fétiche et pouvoir l’utiliser dans notre clinique comme dans toute espèce de réflexion. De plus, si on est aussi capable de condenser, on est capable de séparer. Tandis qu’avec l’ontologie – le principe d’identité, nous y contraint—on, est obligé de considérer les termes comme étranger l’un à l’autre, et par conséquence de ne les utiliser qu’en les dénaturant. Le transfert (ontologique) est une résistance à l’inconscient.

 

Rien n’existe de tout ce qui est. Les choses ne sont pas ce qu’elles sont. Les mots ne disent pas ce qu’ils disent. Rien n’est comme on le pense. Le mot est « seul objet dont le néant s’honore » dans le néant sonore, ou la dynamique du néant.

 

 

23 – Est-ce que le psychanalyste a peur du passage à l’acte du patient ? Passage à l’acte, se suicider par exemple.

GM : « Le psychanalyste conseille le suicide, le seul acte réussi (mais symboliquement, pas dans la réalité). C’est pourquoi, il allonge ses patients sur un divan, comme sur un lit de mort.

C’est que dans l’inconscient la pulsion première est la mort, la vie vient après.

 

24 – Je ne comprends pas le Réel !

GM : « Restez sur ce « Je ne comprends pas ». C’est ça le Réel.

 

25 – Lacan dit, « L’inconscient se construit comme un langage », l’inconscient ne se limite donc pas au Réel ?

GM : « C’est l’inconscient qui est le langage véritable. L e langage subjectif ou objectif, c’est-à-dire l’imaginaire ou le symbolique sont des grimaces, des masques, du langage de l’inconscient. Toute chose se réduit au langage.

 

26 – Le but du jeu, c’est que l’on soit seulement dans le Réel ?

GM : « On n’y échappe pas. Nous venons du réel, nous nous en nourrissons et nous y retournons.

 

27 – Et l’âme ?

GM : « Psuké, le souffle vital n’est pas l’esprit, n’est le corps. C’est l’inconscient.

 

28 – Est-ce qu’il y a un refoulement de l’inconscient sous le préconscient ?

GM : « Oui, le préconscient refoule l’inconscient, et la conscience, le préconscient et l’inconscient, la conscience dont il n’a pas besoin.

 

29 – La politique se limite au symbolique surtout, on se prépare donc à de beaux refoulements ?

GM : « Exact.  La politique, polis, la ville, l’ordre, c’est la dialectique de l’être avec ces trois contraintes : l’identité, le non contradictoire et le tiers exclu, elle est obligée de refouler l’inconscient. C’est ce que Freud appelle « Malaise dans la Culture » ou Lacan, à la fin de Télévision : « Le racisme a de l’avenir »…

 

30 – Comment se servir de cette mécanique (nœud borroméen) au quotidien ?

GM : « Nous vivons avec. Une pratique n’a pas besoin d’être éclairé pour fonctionner.

Mais il y a grand profit de connaître cette « mécanique ». Il suffit de diviser en trois n’importe quelle notion.

 

31 – Le corps se situe où ?

GM : « Le corps est dans l’imaginaire soumis au symbolique ».

 

32 – Que signifie : « Agir en bonne conscience » s’il y a de l’inconscient ?

GM : « La conscience est à jamais malheureuse. L’inconscient, c’est le bonheur.

Agir en bonne conscience signifie  se soumette à quelque loi soi-disant supérieure.

 


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