Cercle Psychanalytique de Paris

 

Psychanalyse et topologie, brève introduction

Topologie intro

 

Même si on lui ajoute un 1, le nombre transcendant, figuré par e, n’arrêtera pas de transcender et d’être insaisissable. D’où : e + 1 = 0. De même pour le nombre pi, p, et pour le nombre imaginaire, i : « Nul n’arrêtera l’infini en lui ajoutant un 1 ». D’où, selon tous les mathématiciens du monde et de l’histoire, la plus belle des formules mathématiques est celle énoncée par Leonhard Euler (1707-1783) l’inventeur de la topologie :

e + 1 = 0.

Tout le monde connaît l’adage taoïste : « Quand le maître montre la lune, l’imbécile regarde le doigt ». Il en va de même pour les nœuds topologiques. Quand on montre un nœud topologique, aussi simple, par exemple, qu’un nœud trivial, qui est un zéro, un rond, une roue, un O, on regarde par réflexe le contour du cercle, et non pas le vide central. A plus forte raison, si on montre une chaîne topologique. En topologie « le vide précède ses bords ». C’est par le vide (le vide n’est autre que la voix performative puisqu’il ne peut être que dit) qu’on échappe et transmute tous les nouages qui trament le destin de nos existences. D’où l’importance de la topologie des nœuds dans l’enseignement de Lacan. « La voix l’emporte sur les écrits qui n’en sont que les contours ». Ça a l’air simple mais ça s’avère beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît.

Nietzsche disait : « Un jour s’attachera à mon nom quelque chose de formidable ». Si l’on prend ça, non du côté de l’information, mais du côté de l’insubstantielle substance sonore des mots, on entend  dans Nietzsche « Nicht », non, rien, en allemand, ce qui correspond au « Wu ji »  de la pensée chinoise, l’efficience du rien, représentée par un rond : O.  En effet «… quelque chose de formidable » .

Lacan montrait un nœud topologique à ses analysants et leur disait : « Vous voyez ça, c’est vous ! »

C’est que toute existence est une chaîne topologique d’analogies sonores : Topologie Borroméenne de l’inconscient, topologie de la répétition, topologie du transfert, topologie de la pulsion, ou « objet a » (voir Les Quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse). Les cinq éclats de l’objet petit a sont noués, peut-on entendre, dire et penser, avec les cinq destins de la pulsion de Freud (voir Métapsychologie). « La voix »  (objet petit a) peut être, en effet, active ou passive (activité et passivité sont un destin de la pulsion : « Je parle ou je ne parle pas. J’ose le dire ou je n’ose pas »). « Le regard » (a) est relié au « refoulement » (autre destin de la pulsion : « je ne peux pas voir ça, c’est horrible…ou, au contraire, c’est ce qu’il y a de plus beau, le reste est à jeter…  ». « Le sein » (a) c’est-à-dire ce dont je me nourris, fait « retour sur la personne propre » (destin de la pulsion) ou, autre forme de retournement,  c’est ce dont je me soutiens (le dessus se soutient du dessous). Ce que je ne peux, ou ne veux pas voir, c’est justement ce que je veux : « cachez ce sein que je ne saurais voir » dit Tartuffe). Les fèces (a) nouent « le renversement en son contraire » : Tous ces aliments sont délicieux, mais on les transforme quotidiennement en excrément. Freud dit, plus civilement,  l’amour se transforme en haine, ou, inversement, la haine en amour, puisque sans manger, on ne peut pas vivre. Les fèces symbolisent les transmutations naturelles par lesquelles la vie devient la mort et la mort la vie. Etant le résultat de ce que l’on mange, elles montrent que manger, c’est tuer et qu’on ne peut vivre sans manger c’est-à-dire sans tuer. Elles montrent que le beau se transforme en laid : Quelle que soit la beauté des aliments, ils se transforment en excréments, les plus délicieux parfums se métamorphosent en puanteur. Les fèces montrent que les excréments (les fumiers) sont, de plus, indispensables à toute culture. Enfin, le rien (objet a fondamental, la voix performative) est le principe même de la « sublimation », ultime destin de la pulsion, qui n’est ni « un bavardage sur l’idéal » comme le précise bien Freud, ni un processus chimique, mais qui relève  justement de la « plus-value et du  plus de jouir ». Plus-value et plus de jouir qui ne sont plus les esclaves hystériques de quelque Destinateur, ni d’un message, ni de destinataires, ni de l’économie, ni de la technique, ni de la consommation (voir études Borroméennes, à suivre).

C’est ainsi qu’on peut pratiquer « l’association libre » (la méthode psychanalytique) et que chacun réussit topologiquement sa libération, « sa cure analytique ».

L’inconscient, c’est le Réel et « le Réel, c’est ce qui cogne », comme dit Lacan. – « Qu’est-ce qui vous a cogné dans votre vie ? ».  Souvenez-vous. Même sous l’aspect d’un événement banal, ce peut-être un traumatisme vécu et senti comme une tragédie et une malédiction, qui, faute d’être transfigurées par la parole sonore, vont engendrer des résonances qui se répètent, se nouent et se transfèrent pour former l’effroyable destin de toute une vie, comme imposée, de façon aussi inexorable que la punition de Sisyphe, le menteur.

On ne peut sortir des nœuds gordiens de l’existence que par la voix, c’est-à-dire, « la topologie de ce qui vaut a ». Le mot « topologie » peut être décomposé en voix, « logos », et « topos » lieux. C’est alors « la voix qui engendre les lieux », la voix performative. La septième fonction performative du langage. Comme le résume Lacan : « C’est un trou qui précède ses bords » et  « Il n’y a de trou qui vaille que la trouvaille ». Telles sont les énigmes, l’efficience et les merveilles des analogies topologiques, selon la méthode des « associations libres » en psychanalyse, depuis Freud et Lacan.


Voir aussi

  • ZEN ET BORROMEEN

    Dans la Prajanaparmita, la suprême sagesse du vide, de Nagarjuna, le sutra dit « du cœur » est le fondement même du […]


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